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Avec son «smart port», Marseille se rêve en alternative aux géants du Nord

Le port de Marseille-Fos, historiquement lié aux activités pétrochimiques, a pris il y a une dizaine d’années le tournant du numérique dans la perspective de concurrencer les ports du nord de l’Europe, Rotterdam, Anvers ou Hambourg, véritable modèles portuaires 2.0.

La transformation du port phocéen est bien avancée avec le développement d’outils informatiques tels que des systèmes de gestion numérique pour organiser la circulation des marchandises et l’ouverture prochaine au sein du port d’un nouveau data center, en attendant l’installation d’incubateurs.

Au point d’en être récompensé par ses pairs: fin mai, il était distingué par l’International association of ports harbors (IAPH), une organisation qui représente 180 ports dans le monde, pour son système de gestion numérique. Un premier pas vers la reconnaissance de Marseille-Fos comme un «smart port» (port intelligent).

«Nous constatons depuis plusieurs années un phénomène d’accélération de l’attractivité du port de Marseille. De plus en plus d’acteurs souhaitent s’implanter et développer des activités sur ce territoire», constate la directrice du port de Marseille, Christine Cabau Woehrel, interrogée par l’AFP.

Soucieux de préparer l’après-pétrole, le premier port de France en termes de trafic de marchandises cherche aussi depuis des années à diversifier son activité afin d’assurer la pérennité d’un site qui génère près de 41.500 emplois. Fin juin, le trafic global du port s’élevait à 39,3 millions de tonnes au premier semestre 2017 (80,9 M de tonnes en 2016).

«Le port de Marseille a dû réinventer son modèle qui était à bout de souffle», souligne Yann Alix, de la fondation Sefacil, spécialisée dans la recherche logistique: «La révolution numérique est venue aider une industrie archaïque à se transformer pour gagner en attractivité et en rentabilité», détaille-t-il.

«concurrence féroce»

Suffisant pour mettre fin à l’hégémonie des ports du nord de l’Europe ? Pas si sûr selon Carlos Moreno, chercheur et spécialiste du concept de «smart city».

«Le port de Rotterdam est un véritable lieu de création de valeur avec des incubateurs et des campus étudiants. C’est un lieu ouvert qui est lié à la vie de la ville, contrairement au port de Marseille encore trop cloisonné», affirme-t-il à l’AFP.

Un cloisonnement qui s’explique en partie par le mode de gouvernance du port phocéen. En France, les grands ports sont gérés par un établissement public qui dispose, depuis 2008, d’une large autonomie. Aux Pays-Bas en revanche, presque tous les ports sont gérés par les communes ou les administrations municipales.

Une «hybridation» qui fait défaut dans l’Hexagone. Fin juin, le maire LR de Marseille, Jean-Claude Gaudin, appelait à «trouver un équilibre relationnel entre le port et la ville».

«Le port de Hambourg crée de l’énergie grâce aux éoliennes qu’il a installées. Le port contribue à rendre la ville plus belle. Finalement, le port et la ville ne font qu’un et poursuivent les mêmes objectifs. C’est vers cela qu’il faut tendre», souligne Carlos Moreno.

A Marseille, le musée du Mucem ouvert en 2013, sur le territoire du port, atteste de cette volonté d’ancrer le port dans la ville et inversement.

Carrefour pour les câbles optiques sous-marins, déployés sur près de 20.000 kilomètres vers l’Afrique et l’Asie, le Grand port maritime de Marseille dispose d’un «atout» majeur : son positionnement stratégique en Méditerranée face à une façade nord déjà extrêmement sollicitée.

«Il y a une congestion en matière de circulation des marchandises à l’entrée et à la sortie des ports du nord de l’Europe. La façade méditerranéenne est un point d’entrée tout aussi efficace que la façade nord pour le marché européen. Le port de Marseille doit jouer un rôle majeur dans le développement de la façade méditerranéenne», estime Mme Cabau Woehrel.

Mais «attention», prévient Yann Alix, «la concurrence en Méditerranée est féroce»: de Gênes (Italie) à Algesiras (Espagne) en passant par Le Pirée (Grèce), d’autres ports se sont déjà positionnés sur ce créneau, tandis que le port de Barcelone a vu son trafic de marchandises atteindre de nouveaux records en juin (+23% en un an selon les derniers chiffres publiés par ce port).

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