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Politique

Baisses d’impôt et pouvoir d’achat: le gouvernement tente de soigner sa gauche

Accusé de défendre les intérêts des entreprises et des contribuables les plus aisés, le gouvernement a multiplié ces derniers jours les prises de parole afin de rassurer l’aile gauche de son électorat, à l’amorce d’une rentrée sociale compliquée.

Emmanuel Macron, un «président des riches» ? L’accusation, accolée jadis à Nicolas Sarkozy, a retrouvé des couleurs durant l’été, relayée notamment par Jean-Luc Mélenchon, qui a accusé l’exécutif de préparer un «coup d’Etat social».

En cause: la réforme du marché du travail, qui sera officiellement présentée jeudi, mais aussi les annonces de coupes budgétaires décidées pour réduire le déficit public et financer les baisses d’impôts promises par l’exécutif.

Le projet de budget 2018, qui sera présenté le 27 septembre, prévoit ainsi 20 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques. Un niveau inédit qui suscite des craintes quant aux répercussions sociales de la politique qu’entend mener l’exécutif.

«Le gouvernement est sur la défensive», explique à l’AFP Philippe Braud, chercheur au Cevipof, pour qui «la baisse de popularité d’Emmanuel Macron a obligé le gouvernement à revoir sa communication».

«Emmanuel Macron paie le fait qu’il a été élu sur une troisième force politique hétéroclite. Ceux qui sont plutôt à gauche trouvent que ça va trop à droite, et ceux qui sont à droite que ça va trop à gauche», ajoute le politologue.

Ministres de droite

Ironie de l’histoire: ce sont les ministres de droite qui se retrouvent en première ligne, au sein du gouvernement, pour défendre la politique sociale de l’exécutif et donner des gages à l’aile gauche de la majorité.

«Le budget que nous allons présenter, c’est un budget de transformation pour le pays, et en même temps, un budget qui va protéger les classes populaires», a ainsi assuré lundi Gérald Darmanin, ministre LR des Comptes publics, interrogé sur Europe 1.

«Nous allons supprimer des impôts, comme la taxe d’habitation, nous allons protéger les plus faibles, avec l’augmentation de l’allocation adulte handicapé, avec l’augmentation du minimum vieillesse», a-t-il poursuivi.

Nous allons «améliorer la situation des salariés», a garanti de son côté le ministre de l’Economie Bruno le Maire, rappelant sur RTL que le gouvernement allait supprimer les cotisations sociales sur le chômage et la maladie payées par les salariés.

«Nous ne toucherons pas à la fiscalité de l’épargne salariale», a-t-il par ailleurs assuré, promettant que les décisions prises par Bercy auraient «directement un impact sur la vie quotidienne des Français».

«Massacre à la tronçonneuse»

Signe que les critiques sont prises au sérieux par l’exécutif: Edouard Philippe lui-même s’est efforcé de donner des gages à gauche, en mettant l’accent sur les réformes sociales lancées en septembre, après s’être fait le chantre des économies pendant l’été.

«Plan logement», «plan étudiant», mesures pour les indépendants ou revalorisation du minimum vieillesse: le gouvernement souhaite «commencer à réparer le pays», a déclaré le Premier ministre au sortir d’un séminaire gouvernemental de rentrée.

Une façon d’effacer la polémique provoquée par la baisse de cinq euros des aides au logement annoncée en juillet et par les choix faits par l’exécutif en matière de réformes fiscales et budgétaires.

Le gouvernement a en effet promis 11 milliards de baisses d’impôts l’an prochain, et 20 milliards sur l’ensemble du quinquennat. Mais une partie non négligeable de ces baisses concernera les entreprises (IS) ou les contribuables aisés (ISF, «flat tax»).

Selon l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE), ce sont ainsi les 10% des contribuables les plus aisés qui gagneront le plus à cette refonte fiscale, captant 46% des gains des mesures prévues par le gouvernement.

Les Français les plus pauvres vont-ils payer pour les plus riches ? «C’est tout à fait faux», s’est agacé lundi Gérald Darmanin, jugeant possible de «protéger les plus faibles» malgré la baisse des dépenses publiques. «Je ne me sens pas le bûcheron qui taille», a-t-il ajouté.

Une réplique accueillie avec ironie par le président PS de Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel: «Darmanin ne se voit pas comme un bûcheron, mais pour les services publics et les associations des quartiers populaires, cette rentrée, c’est un peu +massacre à la tronçonneuse+».

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