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Santé

Cancer du sein: le dépistage se réforme à petits pas, sans faire taire les controverses

Le dépistage organisé du cancer du sein, au coeur d’un congrès cette semaine à Lille, compte toujours de nombreux détracteurs, tandis que sa réforme, promise au printemps, tarde à se concrétiser.

Généralisé en France en 2004, le dépistage organisé invite tous les deux ans les femmes de 50 à 74 ans à réaliser une mammographie, prise en charge à 100% par l’Assurance maladie, pour détecter une éventuelle tumeur.

Ces examens ont permis de diagnostiquer 37.000 cas entre 2013 et 2014, rapportait l’an dernier Santé publique France.

Mais la participation des Françaises stagne autour de 50%, loin de l’objectif européen de 70%.

Et les critiques ont pris de l’ampleur, reprochant un message trop simpliste et l’absence de preuves que le dépistage organisé a fait baisser la mortalité.

Après une concertation citoyenne, l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine avait annoncé en avril douze mesures pour «rénover» le programme.

Mais leur mise en oeuvre tarde. Un amendement gouvernemental au budget de la Sécu, voté fin octobre à l’Assemblée, prévoit bien de créer une consultation de prévention des cancers du sein et du col de l’utérus pour les femmes de 25 ans. Mais cette innovation, annoncée initialement pour le 1er janvier 2018, ne verra pas le jour avant plusieurs mois car il faut en définir précisément les modalités.

De même, la suppression des dépassements d’honoraires pour l’échographie, parfois nécessaire en complément de la mammographie, ne sera pas mise en place avant la seconde moitié de 2018.

Quant à la consultation de prévention et dépistage à 50 ans, chez le médecin traitant ou le gynécologue, le calendrier n’est «pas encore affiné», indique-t-on au ministère de la Santé.

Seul point tangible de la réforme pour l’heure: l’Institut national du cancer (INCa) a publié mi-septembre un nouveau livret d’information, se voulant plus complet et équilibré.

Cette brochure, qui sera envoyée avec la lettre d’invitation au dépistage, affirme que celui-ci «augmente les chances de guérison» et permet «des traitements moins lourds» en repérant des lésions avant l’apparition de symptômes. Mais elle reconnaît aussi que «10% à 20% des cancers détectés» auraient peu évolué ou n’auraient pas eu de conséquences (c’est ce qu’on appelle le surdiagnostic).

‘Illusion de succès’

Ce livret est encore loin de donner une information scientifique et objective, estime toutefois l’association Cancer Rose.

Pour ce collectif de professionnels, la façon dont l’INCa présente les statistiques «entraîne une illusion de succès» du dépistage organisé, «alors que l’espérance de vie des femmes en France n’est en rien modifiée» depuis sa mise en place.

Mi-octobre, Cancer Rose avait publié une étude qui concluait que le dépistage organisé n’avait pas non plus permis une diminution des traitements lourds, comme les ablations totales du sein.

Il faut donner ces informations aux femmes «en amont», pour qu’elles décident de se faire dépister ou pas, dit à l’AFP Cécile Bour, présidente de Cancer Rose.

Difficile de laisser les patientes seules face à cette décision, objectent d’autres spécialistes.

«Mieux cibler les femmes à risque, ne pas faire des mammographies pour rien, on aimerait bien, mais c’est illusoire de penser qu’on a les outils», souligne Luc Ceugnart, radiologue et vice-président de la Société de sénologie (SFSPM).

Et lorsqu’on détecte une tumeur, «on ne sait pas reconnaître celle qui évoluera rapidement de celle qui n’évoluera pas», observe Sylvia Giard, spécialiste de la chirurgie du cancer du sein et co-organisatrice du congrès de la SFSPM.

Prévu à Lille jusqu’à vendredi, cet événement scientifique tentera de faire le point sur «l’impact du dépistage organisé». Plusieurs pistes sont explorées pour adapter le suivi des femmes ou éviter des gestes invasifs inutiles. L’Institut Gustave Roussy étudie l’utilisation d’un «score de risque», calculé par logiciel, pour renforcer ou espacer la surveillance.

La société Supersonic Imagine a présenté en septembre un échographe qui permettrait de «mieux caractériser les lésions» suspectes et d’éviter «au moins 47%» des biopsies qui s’avèrent finalement bénignes.

Le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme, avec environ 50.000 nouveaux cas invasifs diagnostiqués et 12.000 décès par an en France.

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