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Carles Puigdemont, séparatiste de toujours, prêt à faire sécession de l’Espagne

La mission lui a été confiée presque par accident mais il l’accomplit avec détermination. Sourd aux avertissements de Madrid, le président régional catalan Carles Puigdemont est déterminé à organiser dimanche un référendum, espérant accomplir son rêve de jeunesse: une Catalogne indépendante.

«En ces heures de veille, en ces moments si intenses et si émouvants, nous nous rendons compte que ce qui n’était qu’un rêve jusqu’à récemment, nous l’avons maintenant à portée de main», a-t-il déclaré vendredi à Barcelone, lors du meeting de fin de campagne pour la consultation d’autodétermination, formellement interdite par la justice espagnole et le gouvernement central.

Le destin de ce journaliste de 54 ans, issu d’une modeste famille de pâtissiers, a changé un jour de janvier 2016, quand il a été appelé in extremis à diriger une coalition hétéroclite de séparatistes déterminés à mener cette riche région de 7,5 millions d’habitants aux «portes de l’indépendance».

Quasi-inconnu il y a deux ans, cet homme à l’épais casque de cheveux bruns est devenu l’ennemi numéro un du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Indépendantiste de toujours

Carles Puigdemont rêve d’une Catalogne indépendante depuis l’enfance dans son village natal d’Amer (2.200 habitants), non loin de la petite ville de Gérone dont il a été le maire de 2011 à 2016.

Il n’a jamais occulté cette conviction, même quand elle était marginale dans la région et au sein de la Convergence démocratique de Catalogne (CDC), parti de droite qu’il a rejoint en 1980 au moment où il négociait avec Madrid une plus grande autonomie de la région.

«En Catalogne, beaucoup de gens sont devenus indépendantistes par réaction allergique aux politiques de Madrid. Mais pas lui», explique son ami, l’écrivain Antoni Puigverd.

«Ses convictions vont parfaitement avec son profil cosmopolite», ajoute-t-il sur cet homme à l’aise avec les nouvelles technologies, parlant couramment anglais, français et roumain, la langue maternelle de son épouse et mère de ses deux enfants.

«Il a toujours associé son militantisme politique au journalisme», explique aussi le journaliste de la radio Ser Ramon Iglesias, originaire de Gérone.

En 1991, Carles Puigdemont, qui travaillait alors dans un journal local de Gérone, avait déclenché une campagne pour changer le nom de la ville, de «Gerona» en espagnol à «Girona» en catalan, se souvient Ramon Iglesias.

La même année, il s’était rendu en Slovénie pour observer le processus vers l’indépendance de cette ancienne république yougoslave.

Devenu maire de Gérone, il demande en 2014 que Leonor, la fille du nouveau roi Felipe VI, n’utilise pas le titre de «princesse de Gérone» qui devrait lui revenir en tant qu’héritière du trône d’Espagne.

Démonstration, selon Silvia Paneque, une élue socialiste à Gérone, d’un nationalisme qui «s’entête à séparer partisans et non partisans du projet indépendantiste».

‘Une énorme liberté’

Pour le journaliste Enric Juliana, ces convictions bien ancrées en ont fait «le candidat idéal» pour succéder à l’ancien président Artur Mas (2010-2015), dont le profil de récent converti au séparatisme et les politiques d’austérité braquaient les indépendantistes de gauche.

«Puigdemont est une personne plus directe, avec les idées claires, plus tournée vers l’action», explique un membre de son parti.

En juin 2016, quand les indépendantistes d’extrême gauche lui retirent leur soutien, il ose remettre son mandat en jeu en se soumettant à un vote de confiance du parlement régional.

Il n’a pas non plus hésité à promouvoir l’organisation d’un référendum d’autodétermination qui ne faisait pas l’unanimité dans son parti ou à pousser à la démission quatre membres de son gouvernement jugés trop timorés vis-à-vis du duel avec Madrid.

«Il n’aspirait pas à une carrière politique et ça lui donne une énorme liberté», estime Antoni Puigverd.

Avant d’être président catalan, il a fondé un cercle de réflexion politique, une agence de presse régionale, un journal en anglais sur la Catalogne, et avait démissionné de son poste de chef de la rédaction d’un journal local pour voyager en Europe.

C’est pour cela, estime Antoni Puigverd, qu’il ne s’inquiète pas des conséquences du référendum.

«Depuis qu’on se connaît, il a changé quatre ou cinq fois de travail. C’est une personne libre, qui n’a pas peur du changement. Quelqu’un d’autre à sa place serait très inquiet pour son avenir, lui non».

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