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Dix ans après sa bulle, l’Irlande toujours confrontée à une crise du logement

Dix ans après la bulle immobilière qui l’a lourdement frappée, l’Irlande a retrouvé son dynamisme économique mais reste confrontée à une sévère crise du logement, entre pénurie et hausse fulgurante des prix.

Depuis 2013, où ils avaient atteint un niveau plancher, les prix à l’achat ont grimpé de 47%. La situation est tout aussi tendue du côté du marché locatif, où les hausses annuelles atteignent deux chiffres.

«En 2007, les prix étaient trop hauts mais leur chute a été telle qu’on observe aujourd’hui un retour à leurs niveaux de long terme, soutenus en outre par des conditions économiques favorables et une forte demande», analyse Kieran McQuinn, économiste au centre de réflexion Economic and Social Research Institute (ESRI).

Le marché immobilier serait donc victime d’un retour à la croissance et à l’emploi, avec en parallèle un secteur du bâtiment qui a subi un coup d’arrêt pendant la crise et qui doit maintenant rattraper son retard. Le déficit est particulièrement criant dans les centres urbains, qui concentrent l’activité et tirent la moyenne nationale des loyers à 1.159 euros mensuels.

Cette tendance à la hausse devrait durer encore deux ans, prédisent la majorité des experts, c’est-à-dire le temps que l’offre se développe et absorbe la demande croissante.

En revanche, Kieran McQuinn ne croit pas à l’émergence d’une nouvelle bulle. «Les éléments ne sont pas réunis», affirme-t-il, soulignant que celle amorcée en 2007 était liée à la multiplication des crédits et qu’aujourd’hui, bien qu’ils «affichent une hausse importante, elle part d’un très faible niveau».

Cependant, malgré le retour des crédits, les achats de logements stagnent face à des prix qui peuvent monter jusqu’à 500 euros par semaine pour une maison irlandaise classique à trois chambres.

‘Appartements bondés’

«Les foyers aux revenus moyens, qui gagnent entre 30.000 et 70.000 euros par an, sont pris en étau: ils ne peuvent pas acheter et ils ne peuvent pas non plus prétendre à un logement social», constate Donald McManus, président de l’Irish Council for Social Housing (ICSH) qui promeut les logements sociaux.

Pourvue d’un parc social qui ne représente que 7 à 8% du marché, l’Irlande pèche, selon lui, par manque de solutions abordables, ce qui a pour conséquence une grande dépendance vis-à-vis du secteur privé qu’il juge «imprévisible».

Pour tenter de fluidifier le marché, le gouvernement irlandais a multiplié les annonces depuis un an et demi, dont une dernière cette semaine: la hausse de 46% du budget alloué au ministère du Logement en 2018, avec la promesse de nouveaux chantiers, notamment de logements sociaux.

«Mais la plupart des chantiers de logements sociaux doivent être réalisés par le privé alors que cela coûterait moins cher de passer par les autorités locales qui possèdent des terrains et peuvent bâtir à meilleur prix», regrette Francis Doherty, porte-parole de l’ONG Peter McVerry Trust, qui lutte contre le mal-logement.

«Le gouvernement choisit l’option la plus chère et la moins efficace», alors que dans le même temps, le nombre de sans domicile fixe a augmenté de 23% sur un an, un record, dénonce-t-il.

La situation est si précaire qu’elle conduit à «des appartements bondés et des gens qui restent vivre en famille», affirme Fintan McNamara, porte-parole de la Residential Landlords Association of Ireland (RLAI), un syndicat de propriétaires.

Dans ce contexte, il estime que le gouvernement a eu tort de décider «l’interdiction totale des logements à bas prix», des chambres sans douche ou sans cuisine, «au nom de meilleures normes».

Pour soulager la pression sur le marché locatif, Dublin avait toutefois soulevé cet été l’hypothèse d’un retour à la location de ces chambres et envisage aussi d’autres pistes, comme un changement de législation pour permettre la construction d’immeubles plus haut, la limite étant actuellement fixée dans la capitale à 19 mètres, soit 6 étages.

En outre, le gouvernement vient de décider le doublement à 7% de la taxe sur les terrains vacants pour pousser les propriétaires de sites acquis après le krach immobilier à développer la construction. Une mesure saluée par certaines associations qui réclamaient «moins de carottes et plus de bâton» à l’encontre du secteur privé.

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