//
France

Face à la baisse du courrier, La Poste cherche son salut dans le colis

Alors qu’elle transporte toujours moins de courrier, La Poste cherche son salut en livrant de plus en plus de paquets, au point de devenir numéro deux européen du colis express.

Pour le groupe public, le constat est aussi simple qu’effrayant: ses facteurs n’auront peut-être plus de tournées à faire dans quelques années, car les échanges électroniques auront remplacé les lettres et les cartes postales.

D’où la recherche de relais de croissance: dans les activités bancaires, dans les nouveaux services aux particuliers –faire passer l’examen du code de la route dans les bureaux de poste, par exemple– et la livraison de paquets.

Ce dernier marché est en pleine expansion, portée par le spectaculaire essor du commerce sur internet.

La Poste s’y est taillé en quelques années un petit empire, dont la plupart des entités utilisent la marque DPD (à l’origine Deutscher Paketdienst, une entreprise allemande rachetée en 2001), sans oublier Chronopost en France.

La holding qui regroupe ces activités, Geopost, a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires en hausse de 8,6% sur un an à 6,2 milliards d’euros –soit plus de 26% des revenus du groupe–, dont 77% hors de France.

«Le marché reste fondamentalement marqué par la croissance du BtoC, (qui) représente 95%» de l’augmentation, souligne Paul-Marie Chavanne, le président de Geopost. Par «BtoC», il désigne les livraisons du (e-)commerçant au consommateur.

En Europe, remarque-t-il, ce créneau représentait 2 milliards de colis en 2010, 5 milliards en 2016, et on en attend de 12 à 14 milliards en 2026. Les Britanniques, précurseurs en la matière, font déjà 20% de leurs courses en ligne… Comme leurs voisins du continent, ils veulent être livrés de plus en plus vite, le lendemain ou le jour même.

Avec pour les transporteurs un client bien plus gros que les autres, ce qui pose question: «Amazon, c’est 30% de tout le e-commerce des marchandises en Europe», dit Paul-Marie Chavanne à l’AFP. «On pourrait bien se retrouver avec un seul client» au train où vont les choses, note-t-il.

Application de suivi

En attendant, si le géant américain est le premier client de Geopost avec 9% du chiffre d’affaires –«ce qui est raisonnable»–, «on limite volontairement les volumes», indique le responsable. «Je ne veux pas devenir +Amazon-addicted+!» (dépendant) explique-t-il.

Geopost est numéro deux en Europe –derrière DHL, propriété de la Poste allemande–, en s’appuyant sur un certain nombre de filiales nationales qui sont encouragées à tester de nouveaux produits, devenant autant de petits laboratoires pour le groupe.

L’application permettant de suivre les paquets a ainsi été mise au point en Angleterre et perfectionnée en Allemagne. Elle doit être généralisée à toute l’Europe dans les prochains mois.

À Madrid, la filiale locale SEUR teste des «micro-dépôts», réinventant en quelque sorte le bureau de poste de proximité, où les paquets arrivent avant d’être distribués dans le quartier.

Cent mètres carrés suffisent à Las Tablas, au nord de la capitale espagnole: un point d’accueil des clients y jouxte un petit hangar repeint à neuf, avec deux ordinateurs, trois étagères pour les colis et un petit garage d’où partent notamment les cyclistes de Stuart, une start-up de livraison récemment rachetée par La Poste.

«La tendance, dans tous les pays, au niveau européen, est de déployer ces micro-dépôts pour s’adapter aux contraintes de circulation qui sont de plus importantes» en ville, relève Yves Delmas, le directeur général de Geopost pour l’Europe.

Il en faudrait, selon Paul-Marie Chavanne, 80 à Paris intra-muros, qui pourraient être installés dans des parkings, ou… dans des bureaux de poste.

Transporter les colis des entreprises et livrer les consommateurs permet aussi de récupérer pas mal de données, comme le note Alberto Navarro, le directeur général de SEUR.

«Nous sommes en mesure de donner l’estimation du PIB trois semaines environ avant la Banque d’Espagne», se réjouit-il. «Depuis deux ans, sur huit trimestres, on ne s’est trompé que deux fois, et de 0,1 point!»

«Pour l’instant, c’est un exercice très intéressant, qu’on ne songe pas à monétiser», tempère Yves Delmas. La Poste a là une nouvelle idée de diversification.

Discussion

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *