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France

Face aux turbulences, le mégaprojet Europacity veut garder son cap

Des champs proches de Paris verront-ils pousser le mégacomplexe de commerces et de loisirs Europacity? Ce projet à plus de 3 milliards d’euros, qui entend attirer deux fois plus de visiteurs que Disneyland Paris, traverse des turbulences, sans entamer la détermination de ses promoteurs.

En cette saison, du maïs couvre une grande partie des terres arables qui n’ont pas encore été gagnées par l’urbanisation au nord de Paris. Ce secteur du Val-d’Oise, frontalier de la Seine-Saint-Denis, forme le «triangle de Gonesse», cerné d’axes routiers, encadré par les aéroports de Roissy-Charles de Gaulle et du Bourget.

C’est là, sur 80 hectares – l’équivalent d’une centaine de terrains de football – que le groupe Auchan entend ouvrir Europacity en 2024, en partenariat avec le conglomérat chinois Wanda.

L’ambition : créer une «nouvelle destination à visibilité mondiale» capable d’attirer 30 millions de visiteurs par an. Deux fois plus que Disneyland Paris, première destination touristique privée d’Europe.

Sont annoncés un parc à thème, un parc aquatique, un «parc des neiges», des grands espaces dédiés à la culture et une «ferme urbaine». Mais aussi cinq hôtels et des commerces.

Budget estimé: 3,1 milliards d’euros, le plus grand investissement privé en France depuis, justement, la construction de Disneyland Paris en 1992.

Imaginé depuis 2006 par Immochan, la filiale immobilière du groupe nordiste, le projet fait face à des vents contraires.

La semaine dernière, un commissaire-enquêteur a rendu un avis défavorable à l’urbanisation de 300 hectares du triangle de Gonesse (qui incluent les 80 hectares convoités par Europacity), l’estimant «peu compatible avec la notion de développement durable» sur le plan environnemental mais aussi économique et social.

Si l’avis n’est que consultatif, il galvanise les opposants qui qualifient sans relâche Europacity de projet «démesuré» et «nuisible». «On est manifestement à un tournant», pour Bernard Loup, le président du collectif CPTG, à la pointe de la mobilisation.

D’autant que Nicolas Hulot lui-même ne cache pas que ce genre de projet est loin d’avoir ses faveurs.

Lors de sa présentation du «plan climat» le 6 juillet, le ministre de la Transition écologique et solidaire avait réaffirmé l’objectif de faire de la France un pays «neutre» en carbone à l’horizon 2050.

Interrogé sur la compatibilité de cet objectif avec les grands projets d’aménagement du territoire du type d’Europacity, le ministre avait répondu: «La réponse peut être très courte: elle est non. Cette gourmandise que nous avons à consommer des terres agricoles en particulier, et à artificialiser les sols en général, est incompatible avec cet objectif.»

«Il faut qu’on sorte de la folie des grandeurs», avait lancé Nicolas Hulot.

Doutes sur le partenaire chinois

Le projet s’inscrit dans une «logique d’aménagement portée par la puissance publique» pour «désenclaver et favoriser le développement de ce territoire», rétorque David Lebon, directeur du développement d’Europacity.

Il estime que le tort des responsables du projet a été de ne pas avoir su faire assez de «pédagogie».

Désireuse de rompre avec l’image d’un centre commercial géant, la communication d’Europacity met désormais en avant l’ambition de proposer le «plus grand parc à thème couvert d’Europe».

Mais le promoteur se trouve aussi obligé de déminer un autre sujet d’interrogation: la fiabilité de son partenaire Wanda, qui a dû renoncer en août à un investissement immobilier de 510 millions d’euros dans le centre de Londres.

Avec d’autres conglomérats chinois, le groupe dirigé par le milliardaire Wang Jianlin est dans le collimateur de Pékin pour sa politique d’acquisitions tous azimuts à l’étranger ces dernières années, financées par un endettement colossal jugé inquiétant.

Europacity affiche, là encore, une sérénité à toute épreuve: «Les investissements actés ne sont pas remis en cause. Wanda est un actionnaire très présent au quotidien.»

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