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Le sommet des Brics éclipsé par l’essai atomique nord-coréen

Kim Jong-Un semble prendre plaisir à perturber les rendez-vous diplomatiques de son allié chinois: le dirigeant nord-coréen l’a prouvé dimanche en procédant à un essai nucléaire le jour même où la Chine accueillait ses partenaires des «Brics», le groupe des cinq grands pays émergents.

Le puissant essai atomique de Pyongyang a été unanimement condamné de par le monde, y compris par Pékin, mais le président chinois Xi Jinping s’est bien gardé d’en faire mention lors de son discours prononcé devant un forum économique en marge du sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

«Des conflits incessants dans certaines parties du monde et des questions brûlantes mettent en danger la paix mondiale», a-t-il placidement remarqué, sans évoquer l’essai nucléaire confirmé à peine une heure plus tôt par la Corée du Nord, malgré les mises en garde répétées de l’allié chinois.

En mai, un autre grand rendez-vous diplomatique chinois, le sommet des Nouvelles routes de la soie, avait été perturbé le jour même de son ouverture à Pékin par un tir de missile nord-coréen.

Le sommet des Brics, qui s’ouvre formellement lundi à Xiamen (sud-est de la Chine), réunit, outre les dirigeants des cinq pays membres, cinq pays en développement dont l’Egypte et le Mexique. M. Xi devait avoir dès dimanche soir un tête-à-tête avec son homologue russe Vladimir Poutine.

La Russie comme la Chine ont condamné l’essai nord-coréen, tout en appelant la communauté internationale à la retenue.

La réunion des Brics s’ouvre alors que des doutes ont fait surface sur la cohésion de ce forum lancé en 2009 entre cinq puissances qui représentent plus de 40% de la population mondiale et tentent de contrebalancer des règles du jeu économique écrites par les Occidentaux.

La Chine et l’Inde étaient à couteaux tirés il y a encore quelques jours à propos d’un conflit frontalier dans l’Himalaya, après que des soldats indiens sont intervenus pour stopper la construction d’une route par l’armée chinoise dans une zone revendiquée par Pékin mais contestée par New Delhi.

Inde et Chine à couteaux tirés

L’armée indienne s’est retirée à temps pour permettre au Premier ministre Narendra Modi de se rendre au sommet de Xiamen.

Mais les Brics ont également du mal à justifier leur utilité, faute de réalisations concrètes.

«On a du mal à voir la moindre cohérence entre les Brics. Qu’ont-ils en commun?» s’interroge l’économiste Christopher Balding, professeur à l’Université de Pékin. «Économiquement, commercialement, financièrement, ils font tout de manière très différente. On voit mal comment les choses pourraient se recouper entre eux.»

Quoi de commun en effet entre la Chine communiste, la Russie autoritaire de Vladimir Poutine et les démocraties agitées du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud ? Et entre l’économie chinoise, numéro deux mondiale, une Inde en plein essor et trois autres pays aux prises avec la baisse des cours des matières premières, qui pénalise leurs exportations?

Dans ce contexte, il y a peu à attendre d’ici à mardi d’un sommet durant lequel les cinq dirigeants devraient s’efforcer avant tout de masquer leurs divisions, selon Shi Yinhong, professeur de relations internationales à l’Université du peuple à Pékin.

«Au départ, les Brics représentaient beaucoup d’espoir pour l’avenir mais jusqu’à présent ils n’ont eu qu’une influence très limitée sur la politique et l’économie mondiales», reconnaît-il.

Dans son discours dimanche, Xi Jinping lui-même a paru reconnaître les doutes entourant l’utilité des Brics.

«D’aucuns, constatant que la croissance a subi des revers dans les marchés émergents et les pays en développement, affirment que les Brics ont perdu de leur lustre», a-t-il relevé, tout en assurant que les cinq puissances maintiendraient leur unité.

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