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Législatives 2017

Législatives: comment Macron a organisé la prise du Palais Bourbon

Razzia organisée avec méthode et amplifiée par le souffle de l’élection présidentielle: Emmanuel Macron est proche de mettre la main sur l’Assemblée nationale, cinq mois seulement après avoir lancé un vaste appel à candidatures pour son parti La République en marche.

A grand renfort de chiffres, Jean-Paul Delevoye, président de la Commission d’investitures (CNI) de la République en marche, décrit le «processus quasi industriel» qui a amené à traiter quelque «19.000 dossiers de candidatures», filtrés en «600 heures de présélection» puis «étudiés 180 heures par la commission elle-même».

Au final, 529 représentants ayant postulé en ligne ont été désignés, dont la moitié de femmes et seulement 28 parlementaires sortants. Les cinq critères édictés par Emmanuel Macron le 19 janvier, en donnant le coup d’envoi de sa bataille pour les législatives, ont guidé les choix de la dizaine de membres de la commission: «parité», «renouvellement», «probité», «pluralisme politique» et «adhésion au projet» présidentiel.

«Je venais des vieux partis (UMP puis UDI, ndlr) et quand on m’a dit qu’on allait procéder comme cela, je ne croyais pas vraiment que ça allait marcher», reconnaît l’ancienne eurodéputée Christine de Veyrac, membre de la CNI.

«J’étais un peu inquiet car le système de désignation me paraissait un peu aléatoire, sans beaucoup de remontées du terrain», relève le sénateur (PS) François Patriat. «Mais il y a eu un très gros travail accompli à Paris et la CNI s’est parfaitement acquittée de son mandat», estime-t-il.

Sur le papier, c’est mission accomplie, à l’issue d’un processus inédit et transparent qui va permettre au parti présidentiel de voir pleuvoir les financements publics, conditionnés aux résultats des législatives. Un tour de force quand l’hypothèse même d’approcher la majorité absolue (289 députés) était en débat il y a un mois.

Ce succès est aussi le fruit de compromis de M. Macron, qui a transigé avec sa promesse de présenter des candidats dans toutes les circonscriptions, sans nouer d’accords d’appareil.

Mi-février, l’alliance conclue avec François Bayrou a conduit à laisser 75 circonscriptions aux candidats MoDem. Avec quelques étincelles entre les deux partis, éteintes à Lyon autour d’une carte de France par le maire Gérard Collomb, proche de M. Macron, et le sénateur du Rhône Michel Mercier, proche de M. Bayrou.

«Rattrapés par la Realpolitik»

«On a parfois été rattrapés par la Realpolitik, l’accord avec le MoDem a pesé», concède Audrey Manuby, membre de la CNI.

Sur le terrain, l’irruption du MoDem «n’a pas toujours été perçue de façon positive» par les marcheurs historiques, abonde M. Delevoye.

«Il a pu aussi y avoir un peu de colère dans les circonscriptions où l’on n’a mis personne», poursuit-il, en référence aux quelques «gestes politiques» accomplis en direction de ténors de gauche ou de droite (Marisol Touraine, Thierry Solère…).

Certaines baronnies locales ont été préservées comme en Bretagne ou dans le Rhône «où il a fallu tenir compte de l’influence de Jean-Yves Le Drian et Gérard Collomb dans le choix des investitures», admet M. Delevoye.

Quelques arbitrages sont revenus à M. Macron seul. «Il y a eu des ajustements de la liste dans les deux derniers jours que je n’ai pas compris, mais le comité politique est au-dessus de nous», souffle un membre de la CNI en citant une demi-douzaine de cas.

De même, M. Macron a su jongler avec le contexte politique pour répondre à deux questions qui ont déchiré son premier cercle: Faut-il mettre une date de clôture aux candidatures ? Quand faut-il dévoiler les investitures ?

M. Macron a temporisé jusqu’au bout, voyant affluer ainsi «3000 candidatures supplémentaires», dixit M. Delevoye, au soir de son élection.

Les candidats La République en marche, investis très tard mais soigneusement tutorés sur tous les plans par le parti, ont donc mené une campagne-éclair, surfant sur la vague de l’élection d’Emmanuel Macron pour combler leur déficit de notoriété.

«Ils doivent tout à Macron, d’une certaine manière ce ne sont pas eux qui ont gagné», analyse un proche du président.

En un petit mois, certaines failles sont toutefois apparues, des candidats voyant leur probité mise en cause, ou d’anciens propos polémiques resurgir. Sans enrayer la dynamique, pour l’instant.

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