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Economie

Les Britanniques dans une dangereuse course à l’endettement

Les ménages britanniques sont pris d’une véritable boulimie de crédits pour financer leurs achats quotidiens et leur endettement atteint des records, au point de commencer à inquiéter les autorités.

D’ici à la fin de l’année, un foyer moyen devrait être endetté à hauteur de 13.900 livres hors emprunt immobilier (15.700 euros), un nouveau record supérieur à celui atteint en 2007 avant la crise financière, a prévenu la confédération syndicale Trades Union Congress (TUC) dans un rapport alarmiste paru avant les élections.

La demande de crédits à la consommation (voitures, meubles, électroménager, etc.) a d’ailleurs continué de grimper de près de 10% au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent, selon une enquête publiée par la Banque d’Angleterre (BoE) le 13 juillet.

Pour pouvoir continuer de consommer, de nombreux Britanniques sont en effet contraints de recourir à l’emprunt, car leur pouvoir d’achat a tendance à baisser: au mois de mai, ce dernier a affiché un repli de 1,9% sur un an, soit la plus forte baisse depuis 2013 selon une enquête réalisée par le centre de recherche Cebr pour les supermarchés Asda.

A l’origine de cet effritement figure l’accélération de l’inflation au Royaume-Uni, qui s’est approchée ces derniers mois de la barre des 3%, bien au-delà de la hausse moyenne des salaires constatée par l’Office des statistiques nationales (ONS).

L’épargne au plus bas

«Alors que le faible coût du pétrole aide à réduire les prix à la pompe, les ménages ont besoin de creuser plus dans leurs poches pour la plupart des autres biens et services», souligne Kay Neufeld, économiste chez Cebr.

«Malheureusement, la compression de leurs finances devrait se poursuivre dans les prochains mois, vu le peu de chance que les salaires s’améliorent et que nous n’avons toujours pas atteint le pic de l’inflation», a-t-il ajouté.

Or, les Britanniques ont déjà abondemment pioché dans leur bas de laine, jusqu’à faire tomber le ratio de leur épargne au taux historiquement bas de 1,7% au premier trimestre, selon l’ONS.

Les ménages ont donc trouvé dans des taux d’intérêts d’emprunt particulièrement bas un moyen de facilement trouver les fonds nécessaires à leur besoin ou envie de consommer – et cela pourrait continuer, car il n’est pas certain que la BoE commence à rapidement relever son taux directeur.

«La hausse de la dette des ménages est en train de mettre l’économie dans une zone de danger», a prévenu Frances O’Grady, la secrétaire générale du TUC. «Les cartes de crédit et les prêts sur salaire aident à soutenir les dépenses pour l’instant, mais des millions de familles sont en train de se ruiner», a-t-elle alerté.

Le gouvernement a d’ailleurs annoncé mercredi la mise hors la loi des frais imposés par certains commerçants aux clients qui paient par carte bancaire, afin d’épargner aux ménages des dépenses inutiles.

‘Extra-vigilance’

Les prêteurs pourraient pour leur part revenir à plus de prudence avant d’avancer des fonds. La disponibilité du crédit à la consommation a déjà reculé de 10,3% au deuxième trimestre selon la BoE.

Un ralentissement encore plus marqué est attendu au troisième trimestre, signant la fin d’un appétit marqué pour la prise de risque du côté des créanciers. Au cours du deuxième trimestre, les critères d’attribution des crédits se sont d’ailleurs resserrés pour les emprunts sans garanties, comme pour l’achat de voiture, et le total de crédits accordés devrait reculer cet été, toujours d’après l’institut d’émission.

«Il est probable que la BoE distingue un signe indiquant que les prêteurs sont en train de s’orienter dans la bonne direction dans leurs crédits aux consommateurs, mais cette pression doit être maintenue pour que les banques agissent responsablement, et ce étant donné les faibles perspectives économiques et le resserrement des finances des consommateurs», a analysé Howard Archer, expert chez EY Item Club.

Fin juin, la BoE a en effet demandé aux banques de mobiliser 11,4 milliards de livres de capital supplémentaire d’ici fin 2018 afin de faire face aux risques liés aux crédits à la consommation qui pourraient ne pas être remboursés et au Brexit. Mark Carney, le gouverneur de la BoE, en avait appelé à une «extra-vigilance».

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