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Politique

Macron fête ses quarante ans avec le vent en poupe

Après un début de mandat mené au pas de charge, le président français Emmanuel Macron fête jeudi ses 40 ans, conforté par un net rebond dans les sondages et un renforcement de sa stature internationale.

Sept mois après son ascension fulgurante à l’Elysée, le plus jeune chef de l’Etat que le pays ait connu depuis Napoléon a de bonnes raisons de célébrer son arrivée parmi les quadras.

Un sondage Odoxa publié mardi soutient que sa popularité est en forte hausse: 54% des Français interrogées estiment qu’Emmanuel Macron est «un bon président de la République», contre 46% à penser le contraire, soit un bond spectaculaire de neuf points par rapport à la précédente enquête réalisée un mois plus tôt.

L’institut décrit une «remontada inédite» et évoque «l’exploit» du «premier président à redevenir populaire après avoir nettement basculé dans l’impopularité» à la fin de l’été.

Il bénéficie notamment du délabrement des partis d’opposition qu’il a contribué à siphonner et d’un environnement économique favorable encore illustré mardi soir par un relèvement de la prévision de croissance 2017 à 1,9%.

«Il a retrouvé une position de confiance majoritaire, ce qu’on n’avait jamais connue auparavant où on dévissait pour ne plus jamais remonter», abonde le politologue Pascal Perrineau.

Le début de la présidence Macron, élu en mai après avoir créé ex nihilo son mouvement centriste En Marche!, a été suivi avec un certain scepticisme par les Français.

Mais depuis, l’ancien banquier d’affaires a réussi à faire passer sans heurts, ou presque, son ambitieux agenda de réformes économiques, tout en soignant sa stature de chef d’Etat.

Franc-parler

Sur le plan national, «les gens reconnaissent qu’il tient ses engagements, il fait ce qu’il a dit pendant sa campagne», estime Chloé Morin, spécialiste de l’opinion publique à la Fondation Jean Jaurès.

A l’international, que ce soit l’Europe, le climat ou le Moyen-Orient, le jeune président a multiplié les initiatives, occupant le vide laissé par d’autres dirigeants comme Donald Trump ou Angela Merkel.

«Les Français se mettent à ré-aimer la France, revenue au premier plan de la politique internationale», estime Pascal Perrineau.

Quant à son jeune âge, qu’il ne cesse de mettre en avant, M. Macron «en fait un atout en surfant sur le côté positif de sa jeunesse avec des termes comme innovation, dynamisme ou renouvellement, qui évoquent un printemps qui chasse une saison morte», relève le professeur Julien Longhi, expert des sciences du langage.

S’inscrivant dans un mouvement mondial qui a propulsé aux commandes Matteo Renzi en Italie, Justin Trudeau au Canada ou, plus récemment, Sebastian Kurz en Autriche, Emmanuel Macron veut «être l’un des leaders de cette nouvelle génération de leaders», comme il l’a récemment confié à Time Magazine.

Il s’en sert aussi pour s’adresser aux jeunes avec un franc-parler inédit, en s’affichant comme l’un d’entre eux.

Il l’a montré fin novembre dans le discours «à la jeunesse africaine» devant 800 étudiants à Ouagadougou, où il lance: «Je suis comme vous d’une génération qui n’a jamais connu une Afrique colonisée».

 ‘Millenials’

Sa jeunesse transparaît aussi quand, en Guyane, il reconnaît l’odeur du cannabis et s’écrie: «il y en a qui ne fument pas que des cigarettes là, les enfants. J’ai encore du nez».

Selon le sociologue Rémy Oudghiri, ce dirigeant qui pose avec deux smartphones sur sa photo officielle et opère en «mode projet», comme dans une start-up, a toutes les caractéristiques des «millenials», la génération née entre les années 1980 et 2000.

Mais, «en même temps», selon l’une de ses formules emblématiques, Emmanuel Macron utilise aussi «un langage châtié, voire désuet, avec des locutions latines, digne de personnes plus âgées, se montrant à la fois jeune et mature» pour ne pas «être taxé d’inexpérience», souligne Julien Longhi, ajoutant que son épouse Brigitte, plus âgée, «contribue à étayer cette impression de maturité».

Emmanuel Macron a par ailleurs reconnu qu’il n’avait «pas forcément les goûts de (sa) génération» en exprimant son «amour» pour les chansons de Johnny Hallyday après son décès. Idem avec son hommage inspiré à l’écrivain Jean d’Ormesson, décédé à 92 ans.

Les sondages montrent d’ailleurs qu’il est le plus populaire chez les plus de 65 ans.

Pour Mme Morin, l’arme du langage est à double tranchant: «généralement là où il a des difficultés, elles viennent souvent de lui-même» évoquant des propos parfois «mal calibrés (…) où il peut apparaître trop méprisant».

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