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Economie

Nobel d’économie: quelques challengers et une Française en lice

La saison 2017 des prix Nobel s’achève lundi avec le prix d’économie qui pourrait couronner des recherches rarement mises en avant, à l’instar de celles menées par la Française Esther Duflo, sur la pauvreté et le développement.

Le dernier-né des Nobel, officiellement «prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel», décerné pour la première fois en 1969, doit être attribué lundi à 09h45 GMT à Stockholm.

Le prix viendra clore une saison marquée par le couronnement de Kazuo Ishiguro en littérature et le prix de la paix attribué à l’ICAN, une coalition d’ONG, pour son engagement contre les armes nucléaires au coeur de tensions internationales avec l’Iran et la Corée du Nord.

Après des spécialistes de la théorie des contrats, l’Américano-Britannique Oliver Hart et le Finlandais Bengt Holmström récompensés en 2016, plusieurs noms circulent dans les médias et les milieux universitaires.

L’économiste Avner Offer, co-auteur du livre «Le facteur Nobel» (2016) avec Gabriel Söderberg, voit le prix revenir à la Française Esther Duflo, 44 ans, professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT, Etats-Unis) et spécialisée dans l’économie du développement, un domaine récompensé seulement deux fois en 48 ans.

67 ans d’âge moyen

«Elle est une pionnière de l’essai contrôlé randomisé (ECR), devenu un courant majeur en économie au cours des vingt dernières années», estime l’économiste, interrogé par l’AFP.

Technique inspirée par les ECR en médecine, cette nouvelle méthode cherche à mesurer l’impact des soins pour évaluer le traitement étudié, sur deux groupes de population (un «groupe aléatoire» et un «groupe témoin» qui ne bénéficie pas du traitement). Avec ces expérimentations, il est possible de comparer les effets d’un programme à ce qu’il se serait passé s’il n’avait pas été introduit. Il permet ainsi de juger des dispositifs mis en place et de leur efficacité.

Esther Duflo serait la seconde femme à obtenir le Nobel d’économie, après l’Américaine Elinor Ostrom en 2009.

L’économie est peut-être le Nobel où le profil du lauréat est le plus facile à deviner: un homme âgé de plus de 55 ans de nationalité américaine. Ces 20 dernières années, les trois quarts d’entre eux correspondaient à cette description.

L’âge moyen des lauréats est de 67 ans depuis la création du prix, le plus élevé parmi les six prix décernés. L’Américain Leonid Hurwicz, lauréat 2007 à 90 ans, est le plus ancien nobélisé à ce jour.

Le quotidien de référence suédois Dagens Nyheter (DN) pariait lui dimanche sur l’Américain Paul Romer, chercheur de 61 ans formé à Chicago et actuel économiste en chef de la Banque mondiale, pour avoir théorisé «la croissance endogène» dès 1986. Il pourrait partager son prix avec son compatriote Robert Barro et/ou le Français Philippe Aghion.

Contacté par l’AFP, Gabriel Söderberg mise sur des sujets liés à l’économie de l’environnement et le changement climatique.

Les Américains Martin Weitzman et William Nordhaus, spécialistes des conséquences économiques du réchauffement climatique, sont dans l’air du temps. Des noms également cités par DN.

Motivations ‘idéologiques’

Avner Offer et Gabriel Söderberg rappellent toutefois que le comité Nobel favorise largement les recherches réputées néolibérales. Sur 78 lauréats, plus d’un tiers d’entre eux sont ainsi rattachés à l’Université de Chicago, entre les murs de laquelle s’est développée l’école économique du même nom, un courant de pensée porté par Milton Friedman.

Dans leur ouvrage -«Prix d’économie, sociale-démocratie et conversion au marché»-, les deux économistes exposent notamment les circonstances de la création du prix en 1968 et les motivations «idéologiques» plus que scientifiques présidant au choix des lauréats.

Des économistes libéralo-critiques comme Joseph Stiglitz, Amartya Sen, Robert Shiller ou Paul Krugman ont certes été récompensés par le Nobel, mais ils demeurent marginaux.

A grands traits, les auteurs, respectivement professeur à Oxford et chercheur à Uppsala, expliquent que la Banque de Suède a créé ce prix de façon à affirmer son indépendance face à la politique interventionniste des gouvernements sociaux-démocrates.

En le parant des vertus de la science, les créateurs du prix entendaient «désidéologiser» leur conversion au marché et à la doctrine de régulation naturelle entre les agents socioéconomiques, laquelle n’a pourtant jamais été validée par l’expérience, selon MM. Offer et Söderberg.

Chaque Nobel consiste en une médaille d’or, un diplôme et un chèque de neuf millions de couronnes suédoises (environ 943.000 euros).

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