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Economie

Réduction du bilan de la Fed: l’inconnu d’une normalisation monétaire

La Réserve fédérale américaine a annoncé mercredi qu’elle allait, à partir d’octobre, définitivement tourner la page de sa généreuse politique monétaire exceptionnelle, une normalisation synonyme aussi d’une entrée en terrain inconnu.

La présidente de la Fed, Janet Yellen, a expliqué que l’économie se portait suffisamment bien pour que la banque centrale cesse progressivement de remplacer ses bons du Trésor et titres appuyés sur des créances hypothécaires (MBS) qu’elle a massivement accumulés après la crise financière de 2008 pour soutenir la reprise.

En achetant des milliers de milliards de dollars d’actifs, la Fed a pesé sur les taux à la baisse et injecté d’immenses liquidités dans le système financier pour fluidifier le crédit et stimuler l’investissement.

La banque centrale avait ainsi innové, sortant de son rôle traditionnel avec ce stimulus qui a démarré en novembre 2008 et été injecté en trois phases qui ont duré six ans (QE1, QE2 et QE3, les initiales «QE» venant de «Quantitative Easing» ou assouplissement quantitatif).

En octobre 2014, elle a cessé complètement l’achat de ces actifs. Mais en annonçant au débotté ce projet de couper progressivement le robinet de l’argent facile, l’ancien président de la Fed, Ben Bernanke, avait provoqué en juin 2013 d’importants remous sur les marchés financiers. Les investisseurs, anticipant une remontée des rendements sur les bons américains, avaient soudainement fui les marchés émergents provoquant même des dévaluations.

Mercredi, l’annonce du dégonflement du bilan de la Fed déjà anticipée par les marchés, n’a guère provoqué de remous à la bourse ou sur le marché obligataire.

Impact discuté

Cette politique d’expansion monétaire, qui a aussi été adoptée par la Banque centrale européenne (BCE), celle de Grande-Bretagne et celle du Japon, a laissé la Fed avec la somme record de près de 4.500 milliards de dollars à son bilan, contre 900 milliards avant la crise. Près des deux tiers sont des bons du Trésor.

L’impact de cette innovation monétaire reste discuté. Les dirigeants de la Fed et Ben Bernanke le premier, assurent que, sans ce stimulus, la reprise, qui est restée molle, n’aurait pas eu lieu. Mais d’autres économistes, y compris au sein de la Fed, restent sceptiques sur les bénéfices de l’expansion monétaire, en citant l’exemple du Japon dont la stratégie d’assouplissement monétaire à répétition n’a jamais relancé la croissance.

Une chose est sûre, les milliards injectés par la Fed ont paradoxalement favorisé la Bourse. Vu la baisse des rendements obligataires, les investisseurs se sont tournés vers les actions, bien plus rémunératrices.

Aujourd’hui, en cessant de racheter des bons du Trésor, la Fed risque de provoquer une remontée des rendements. Sa démarche va ressembler à un resserrement monétaire mais comme cela n’a jamais été fait, personne ne connaît vraiment l’ampleur de l’impact. Les experts du Trésor américain estiment par exemple que ces désinvestissements vont entraîner une hausse de 0,4% point de pourcentage des rendements sur les bons à 10 ans.

Mercredi, Janet Yellen a répété que l’outil primordial de politique monétaire restait l’action sur les taux mais elle a concédé, qu’en cas de détérioration majeure de l’économie, la Fed pourrait cesser les désinvestissements et reprendre le rachat de titres.

Elle espère en tout cas que le processus de réduction du bilan sera «long et ennuyeux», aussi inoffensif que de regarder «l’herbe pousser».

C’est pour cela que l’arrêt des réinvestissements de la banque centrale va être très progressif au rythme de 10 milliards de dollars par mois (60% en bons, 40% en MBS) et sera augmenté de 10 autres milliards mensuels tous les trois mois.

Les experts pensent que d’ici 2021, vu le volume de titres arrivant à maturité, la Fed pourrait réduire son bilan de 1.300 milliards.

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