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Economie

Représentants du personnel, une «richesse perdue» par les entreprises

Les représentants du personnel ne se sentent souvent «pas reconnus à leur juste valeur» dans leur entreprise, une «richesse perdue» qui constitue un frein à l’engagement, regrettent des responsables syndicaux interrogés par l’AFP.

Le code du travail, que le gouvernement entend renforcer sur ce point, est pourtant clair: il demande depuis 2008 aux entreprises de négocier des accords notamment pour «prendre en compte l’expérience acquise (…) par les représentants du personnel désignés ou élus dans leur évolution professionnelle».

Mais dans la pratique, en l’absence de sanctions, «c’est toujours compliqué», les accords signés peu nombreux, «l’activité syndicale reste dévalorisée et à fort risque de discrimination», constate François Clerc, permanent CGT détaché de PSA, spécialiste des discriminations.

Selon une enquête menée pour le ministère du Travail, près d’un tiers des représentants du personnel syndiqués déclaraient en 2011 que leur mandat avait été «un frein à la carrière professionnelle».

Pour valoriser l’engagement des salariés mandatés dans leurs évolutions de carrière, «les méthodes d’évaluation des compétences acquises existent» mais sont trop peu utilisées, et «uniquement à la fin d’un mandat», déplore-t-il. Entré comme ouvrier, lui-même a pu accéder au statut de cadre après une certification de compétences en 2011 par Science-Po, financée par PSA. Un cas rare, selon lui.

Dans les ordonnances que le gouvernement dévoilera cette semaine, plusieurs mesures sont attendues pour favoriser l’engagement syndical, sur la base des recommandations émises début août par Jean-Dominique Simonpoli, directeur de l’association Dialogues.

Celui-ci suggérait notamment d’améliorer la formation des mandatés, de comparer leurs évolutions de carrière avec celle des autres salariés au moyen d’indicateurs négociés et anonymisés, et de rendre obligatoires les entretiens de début et de fin de mandat.

«on désapprend aussi»

Prévus par la réforme Rebsamen de 2015, les entretiens restent très «formels», constate Christian Legay, délégué syndical central CFE-CGC chez FagorBrandt, qui cumule plusieurs mandats avec son poste de chef d’une petite équipe. Disposant «officiellement» de 50 heures de délégation par mois, il dénonce «une grande hypocrisie» pour les salariés comme lui au forfait jours, à qui «on n’allège pas la charge de travail».

La problématique est différente pour les représentants détachés à 100% de leur poste: celle de la réintégration à un poste.

Après douze années d’engagement à 100% de son temps, Isabelle Croix, ex-déléguée CGT centrale chez le fabricant de missiles MBDA, a elle plutôt réussi. Depuis 2015, elle dirige le petit service de documentation interne où elle était auparavant employée. Un retour mûrement préparé après un «bilan de compétences syndicales» financé par son entreprise.

En exerçant ses mandats, elle pense avoir acquis une bonne «connaissance de l’entreprise, des qualités de contact et d’expression, l’esprit d’équipe, la rigueur et la patience». Mais «on désapprend aussi» les compétences plus techniques, note celle qui a pris la décision de reprendre une activité pour «ne pas perdre pied avec le travail» et parce qu’elle était «épuisée».

Les atterrissages peuvent s’avérer autrement plus compliqués. «J’ai connu une série de cas où le retour se terminait très mal, par des démissions ou ruptures conventionnelles», raconte Régis Dos Santos, président du SNB/CFE-CGC, premier syndicat du secteur bancaire.

«Le fait d’être représentant du personnel n’est toujours pas reconnu à sa juste valeur, c’est frustrant pour les salariés et une grande perte pour les entreprises».

Les «entreprises se disent +encore un qui va nous causer des problèmes+» et «négligent» ces profils «capables de mener une réunion, examiner des dossiers», «des compétences nécessaires par exemple pour la conduite de projets», estime-t-il. «Un secrétaire de comité d’entreprise a des connaissances sur les volets humain, économique, commercial, financier», il représente «une richesse incroyable».

Mais parfois, les «réticences» viennent aussi des syndicalistes eux-même, «qui craignent qu’on dise qu’ils ont profité de leur position», ajoute-t-il.

Régis Dos Santos, qui soutient les préconisations de la mission Simonpoli, s’inquiète toutefois d’autres mesures annoncées dans les ordonnances et qui selon lui «portent des coups très violents aux représentants du personnel». Il fustige notamment la fusion des instances représentatives, qui vont alourdir les mandats, et les référendums qui, en s’adressant directement aux salariés, vont les «dévaloriser».

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