Andréa Tarot, au cœur du vécu des soignants à Clermont-Ferrand
La chercheuse et médecin clermontoise mène une thèse sur un sujet rarement exploré : le ressenti des soignants face à la détresse des patients en soins palliatifs.
Une clinique enracinée dans le quotidien
Andréa Tarot n’est pas seulement médecin en soins palliatifs au CHU de Clermont-Ferrand, elle en dirige aussi l’unité. Derrière ses journées passées au chevet de patients gravement malades, elle creuse, en parallèle, une question peu abordée : que vivent les médecins, émotionnellement, face à la détresse de leurs patients ? "Je travaille dans la recherche parce que j'ai besoin de nourrir ma pratique clinique et de conceptualiser ce que je fais au quotidien [...] Comment, en tant que médecin, on reçoit et traite la détresse du patient, c'est cela qui m'intéresse", nous confie Andréa Tarot.
Sa pratique l’a conduite à engager une recherche qualitative approfondie, débutée cette année, autour des ressentis de confrères de toutes spécialités, à Clermont-Ferrand comme ailleurs en France. Une initiative rare, qui place les émotions des soignants au centre de l’analyse.
Une démarche de recherche inédite
Inscrite en thèse à l’Université Clermont Auvergne, Andréa Tarot s’appuie sur son expérience clinique pour interroger une réalité souvent taboue : le "décalage" que les soignants peuvent ressentir avec leurs patients. "On ne l'étudie pas pendant nos études en médecine. Apprendre à écouter ses ressentis et leur accorder un espace pour ne pas répondre par des mécanismes de défense, c'est important", explique-t-elle.
À travers des entretiens semi-dirigés, elle invite ses collègues à revivre des situations marquantes et à mettre des mots sur des émotions trop souvent mises sous silence. Un travail subtil qui, au-delà du soin, cherche à conceptualiser la détresse comme réalité humaine, ni exclusivement médicale ni psychiatrique. Cette approche, centrée sur l’humain, entend enrichir les pratiques et encourager une nouvelle culture du soin.
Une reconnaissance
La pertinence de ses travaux a récemment été saluée : Andréa Tarot a reçu le Prix CASDEN du Jeune Chercheur, un soutien de 16 000 euros décerné en partenariat avec la Fondation de l’Avenir. "J'étais un peu surprise", souligne-t-elle. Ce prix vient légitimer une recherche encore en cours, dont les résultats sont attendus pour fin 2026.
En toile de fond, un contexte sensible marqué par les débats sur l’aide active à mourir, qui rendent sa démarche d’autant plus précieuse. "Lors de ma demande de financement pour ma thèse, j'ai orienté mon sujet sur le contexte législatif actuel en affirmant qu'on ne pouvait pas négliger le ressenti des médecins face à un patient en détresse en fin de vie." Car pour Andréa, comprendre ce que les médecins ressentent face à la fin de vie, c’est aussi mieux accompagner les patients dans leur propre cheminement.
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