Brigitte Lecordier, la voix de Son Goku, est à Grenoble !
Voix incontournable du doublage français, Brigitte Lecordier a marqué plusieurs générations en prêtant son timbre unique à des personnages cultes (Son Goku dans Dragon Ball, Oui-Oui ...). Derrière cette carrière emblématique se cache pourtant une histoire plus intime, celle d’une enfant issue d’un milieu ouvrier dans le Paris des années 60. Elle raconte tout cela dans "La réalité est énorme", sa première BD. À l'occasion de sa venue à Grenoble ce jeudi, elle revient sur son parcours.
Vous êtes surtout connue comme une voix culte en France et vous publiez aujourd’hui votre premier ouvrage. Pourquoi ce passage à l’écriture ? Est-ce lié à un rêve d’enfance ?
« Oui, c’est même une promesse d’enfance. J’ai grandi dans un milieu ouvrier, dans un quartier difficile de Paris qu’on appelait La Zone. Ma maîtresse de CM2 m’avait dit que je m’en sortirais et m’avait fait promettre d’écrire un jour mon histoire, pour raconter cette réalité. Plus tard, quand j’ai commencé à réussir scolairement, elle a pensé que je n’écrirais jamais. Du coup, je lui ai promis que quoi qu’il arrive, je le ferais. J’ai fini par écrire un roman, qui a ensuite été adapté en bande dessinée. C’est donc à la fois un engagement personnel et un rêve devenu réalité. »
Aviez-vous conscience, à l’époque, de vivre une enfance atypique ?
« Non, quand on est enfant, on ne se rend pas compte. Tous les gens autour de moi vivaient de la même façon, donc ça me semblait normal. Ce n’est qu’après coup qu’on réalise la dureté de certaines situations, même si j’ai aussi des souvenirs heureux avec ma famille. Dans le livre, je raconte mon histoire à travers mes yeux d’enfant : tout est inspiré de ma vie, mais filtré par mes perceptions de l’époque. Certaines choses sont peut-être déformées ou imaginées, mais elles correspondent à ce que je ressentais. C’est un mélange de réalité et de subjectivité, comme souvent dans les romans. »
Vous êtes très proche de votre public et vous le rencontrez régulièrement. Comment vivez-vous cette relation directe, et en quoi a-t-elle influencé votre envie de créer ce projet très personnel ?
« C’est une relation très forte et très nourrissante. Le public me suit depuis longtemps, que ce soit dans mes voix, mes spectacles ou aujourd’hui mon livre. Leur soutien donne envie de continuer à créer. J’avais un peu peur de leur proposer quelque chose d’aussi personnel, qui ne parle pas directement de mes activités habituelles, mais au contraire, ils ont été très réceptifs et curieux. Ça m’a énormément touchée. En revanche, ce projet m’a donné un trac inhabituel, parce que pour une fois, ce n’est pas un personnage que je défends : c’est moi. C’est plus intime, plus exposé, mais aussi très fort artistiquement. »
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