L’entretien : Nicolas Césard décrypte notre rapport aux insectes
À l’occasion de sa conférence gratuite donnée ce soir à 18h30 au Muséum de Grenoble (1 rue Dolomieu), l’anthropologue et ethnoentomologue Nicolas Césard revient sur les liens entre humains et insectes. Le chercheur du Muséum national d’Histoire naturelle explore leur place dans nos sociétés, entre alimentation, croyances et biodiversité, à travers plusieurs terrains d’étude menés de Bali à La Réunion.
Pourquoi les insectes fascinent-ils autant les humains ?
« Les insectes nous fascinent parce qu'ils sont très différents de nous et qu'on ne les comprend pas très bien. Leur altérité est mystérieuse mais recèle aussi plein de mondes en soi quand on s'y intéresse. Ils sont d'une diversité folle et cette diversité de taille, de couleurs, de comportement, de goût aussi, passionne un grand nombre de nos semblables : on les collecte pour les consommer et on les élève pour leur miel ou pour en extraire la soie dans de nombreuses cultures et depuis des temps anciens. Ils servent à confectionner des bijoux et sont des compagnons de jeux des enfants, mais aussi des adultes, dans toutes les sociétés. »
Dans les pays sur lesquels vous avez travaillé, y-a-t-il une anecdote autour des insectes qui vous a particulièrement marqué ?
« J'ai toujours regardé la consommation d'insectes dans les pays lointains, comme en Indonésie ou Japon, mais sur l'île de la Réunion beaucoup de nos concitoyens mangent des larves de guêpes en friture ou en rougail et c'est délicieux ! Les chasseurs de nids, que l'on appelle "rodeurs", ont une connaissance très fine des guêpes et de l'environnement. Leurs savoirs et savoir-faire sont rentrés à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel (PCI). »
Est-ce que notre regard sur les insectes est en train de changer aujourd’hui ?
« Pas vraiment sauf pour peut-être pour les pollinisateurs dans les pays occidentaux (l'abeille mellifère mais aussi les autres abeilles, les espèces solidaires, bien plus nombreuses). Grâce à la recherche, le grand public comprend de mieux en mieux leur importance, notamment pour leur alimentation. C'est une vision utilitariste qui nous intéresse directement. Pourtant il y a urgence à changer notre regard sur les insectes, tous les insectes, mais aussi nos actions, car les populations d'insectes s'effondrent à travers le monde, la faute aux pesticides, à l'artificialisation des sols, au changement climatique, et j'en passe. Il faut laisser plus de place aux insectes et à leurs milieux de vie, et cela même si on ne voit pas toujours les créatures qui marchent sous nos pieds. »
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