Le portrait : Séverine Cressan, autrice de Nourrices
Elle participe à la soirée littéraire au Musée de La Piscine. Dans Nourrices, son premier roman, Séverine Cressan parle de maternité, de filiation et d'émancipation.
Le contraire d'une Bécassine
L'histoire se passe dans un passé pas si lointain. L'héroïne, Sylvaine, nourrice parmi tant d'autres, s'est vue confier une petite fille, venue de la ville. Une nuit, Sylvaine découvre un nourrisson abandonné (là aussi une petite fille), accompagné d'un mystérieux carnet. Quand la fillette qu'on lui a confiée décède, Sylvaine décide de la remplacer par l'enfant trouvée. Le subterfuge fonctionne. Et un lien se tisse entre la nourrice et l'enfant tombée du ciel.
Nourrices envoie valser toutes les images d'Épinal popularisées par Bécassine, la plus célèbre des bonnes d'enfant. Le roman décrit un système organisé, avec bureaux de placement, où les femmes de la campagne sont contraintes de faire commerce de leur lait maternel. Passionnée par le sujet, l'autrice a fait beaucoup de recherches : "C'est un phénomène très récent, le dernier bureau des nourrices a fermé en 1936, ça ne fait même pas un siècle !"
On suit des femmes qui luttent pour survivre mais le ton est optimiste, envers et contre tout. "Je suis persuadée que poser des mots sur les choses, avec honnêteté et lucidité, ça permet de les changer. C'est ce qui arrive à mes personnages."
"Il y a 1 000 possibilités d'être mère"
Le point de départ de ce premier roman ? Une envie d'écrire sur la maternité. "J'ai 49 ans, j'ai eu ma fille en 2016, à 40 ans et mon fils à 45. J'ai allaité mes enfants et c'est à ce moment-là que j'ai eu cette réflexion : si j'avais un nourrisson étranger collé à ma poitrine, comment est ce que je vivrais les choses ?"
"Je suis devenue mère assez tard. Ce n'était pas facile de faire face aux questions redondantes : 'Alors, c'est pour quand ? T'as 40 ans, tu ne crois pas qu'il serait temps de s'y mettre ?' J'avais envie de creuser cette question : ce désir d'enfant, d'où nous vient-il ? Ce n'est pas simple de démêler l'injonction sociale de ce qui nous appartient vraiment. Je n'ai finalement pas de réponse parce qu'il y a 1 000 possibilités d'être mère et c'est ce que je voulais montrer dans mon roman, qu'on peut être mère de lait, mère de cœur et pas forcément mère de chair."
L'ambition de Séverine Cressan ? "Faire ressentir aux lectrices, aux lecteurs, ce que ça fait dans le corps, la maternité ! La littérature permet ce partage d'expériences par l'identification, on peut vivre plusieurs vies et même un homme peut vivre une expérience d'allaitement."
"Plus à l'aise à la campagne qu'en ville"
Longtemps prof de français ("J'ai habité Bruxelles pendant 11 ans"), Séverine Cressan a regagné la terre de ses ancêtres, en Loire-Atlantique, où elle vit aujourd'hui. Bretonne et fière de l'être, l'autrice se revendique "clairement de la campagne" : "J'ai des origines paysannes, je suis attachée à ça et je me sens beaucoup plus à l'aise à la campagne qu'en ville." Elle ajoute, en riant : "Je crois que je n'ai pas les codes."
Classiquement, elle écrit sur son ordinateur "avec des horaires de bureau" : "Après avoir déposé les enfants à l'école, je me mets à ma table et j'écris jusqu'à la fin de l'école, 4 fois par semaine, les lundi, mardi, jeudi et vendredi et pas pendant les vacances scolaires."
Repérée par les jurys de plusieurs prix littéraires, Séverine Cressan fait partie des 5 finalistes du prix Fnac, dont le résultat sera annoncé le 22 septembre.
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