La Nordiste Julie Legrand photographie le monde avec des pellicules périmées
La photographe nordiste travaille à partir de pellicules périmées. Ses clichés sont exposés pendant 3 mois à la microbrasserie Hop(i), dans le centre de Lille.
"Regarder autrement"
Comme la radioactivité ou le Post-it, les grandes inventions ont été découvertes par hasard. Il en va de même pour Julie Legrand et son modus operandi : "En 2017, j'ai retrouvé de vieilles pellicules de mon enfance qui dataient de 1996/1997 et j'ai voulu les tester."
Eurêka ! Le résultat la fascine. Avec leurs "couleurs altérées" et leur "grain accentué", les photos ressemblent à des souvenirs émergés accidentellement d'un passé enfoui : "La pellicule périmée attire l'œil sur les 'défauts' et oblige à regarder autrement. Les aspérités me font penser à nos failles, nos fissures, nos zones de vulnérabilité." Par ailleurs, impossible de prévoir le rendu à l'avance : "J'ai adoré cette imprévisibilité et depuis, je ne travaille qu'avec ça."
"Mon travail consiste aussi à rappeler que l’image elle-même est le résultat d’un processus artistique et scientifique : j'aime expérimenter. Je fais parfois des 'film soup' : plonger une pellicule dans du café, du jus de fruit, du liquide vaisselle… et attendre de voir ce que ça donne. Le résultat peut être totalement surréaliste ou bien rien du tout... C'est le jeu !"
Un style qui tape dans l'œil
Post après post, l'artiste dévoile un univers poétique sur son compte Instagram, qui rassemble près de 12 000 followers. Son style séduit jusqu'à la chanteuse Pomme, qui la choisit pour la photographier lors d'un concert : "Pomme avait lancé un appel pour trouver des photographes argentiques pour sa tournée en 2024. J'ai tenté ma chance et j'ai été choisie pour le tout premier concert, à Tarbes."
"C'était fou ! Sur le moment, j'étais bien stressée : une salle que je ne connaissais pas et très peu d’infos sur le déroulé, alors que je suis du genre à tout préparer et prévoir ! Mais tout s'est merveilleusement bien passé. Les images m'ont plu et ont plu à Pomme (un exemple ici - NDLR), je suis ressortie avec une confiance passée au level supérieur !"
Exposer son travail est une étape importante. Ses photos sont à découvrir chez Hop(i), un bar lillois. Sur des centaines de clichés, il a fallu en sélectionner 50 : "Certaines de mes images, trop sombres, n'étaient pas imprimables (et si vous allez sur mon compte Instagram, vous verrez bien mon penchant pour le sombre). J'ai donc privilégié certaines photos plus lumineuses."
Son parcours
Julie Legrand a grandi à Orléans, avant de s'installer à Lille en 2012 pour y suivre un Master en Sciences de l'Information et de la Communication. La trentenaire y passe une dizaine d'années et y rencontre celui qui devient son mari. À l'aube des années 2020, des envies d'ailleurs la prennent : "Après le décès de mon père en 2020 et le confinement dû au Covid-19, j'ai eu besoin de changer d'air."
Direction la côte basque, à Biarritz. "Mais une partie de moi est restée à Lille et l'idée d'y revenir un jour ne me quitte pas, j’ai toujours cette sensation d’être "chez moi" quand je remonte ici."
Aujourd'hui, l'artiste est photographe argentique à son compte : "Je suis également vidéaste et autrice et j'ai un autre boulot à côté (pour payer le loyer) dans le monde de la santé."
👉 À voir : Le travail de Julie Legrand sur son compte Instagram.
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