Jeudi 18 juin
Salman Rushdie revient à la fiction
Rédigé par Camille Gho
Salman Rushdie était déjà revenu en 2024 sur la tentative d'assassinat dont il avait été la cible avec l'essai Le Couteau : Réflexions suite à une tentative d'assassinat (crédit : Rachel Eliza Griffiths / Gallimard).
Avec La Onzième Heure, Salman Rushdie signe un livre de l’après - de l'après-attentat - en l'occurrence, en restant fidèle à ce qui fait sa singularité : la digression, la fable, le goût du récit en liberté.
Le choix de la nouvelle
- Ce recueil de 5 nouvelles apparaît comme une méditation sur la vieillesse, la disparition et le langage, mais aussi comme un geste de survie littéraire, écrit dans l’ombre portée de l’attaque dont l’auteur a été victime en 2022 et qui lui a couté son œil droit et l’usage d’une partie de sa main gauche.
- L’ouvrage fonctionne comme une sorte d’épilogue à une œuvre immense.
- Cette lecture d’un Rushdie parvenu à l'âge de la sagesse - il a 78 ans - n’est pourtant pas un chant du cygne. On retrouve toujours l’énergie intacte de son imaginaire, sa manière de faire dialoguer l’Inde, l’Angleterre et l’Amérique, et cette capacité à transformer le réel en parabole.
De quoi cela parle ?
- Le meilleur du recueil est à savourer dans les textes où Rushdie laisse travailler son art de la métaphore et du récit enchâssé.
- « Dans le Sud », se déroule à Chennai, où 2 vieux voisins passent leur temps à se chamailler depuis leurs terrasses. Avec « La musicienne de Kahani », nous sommes à Bombay où Chandni, une musicienne dotée d’un don quasi magique, se sert de son sitar comme outil de vengeance.
- « Oklahoma » est le récit d'un jeune écrivain d’origine indienne, qui tente de comprendre la disparition d’un mentor, dans une ambiance kafkaïenne. « Le défunt retardataire », avec son étudiante hantée par un professeur mort, se lit comme un hommage à E. M. Forster.
- Enfin, « Le Vieil Homme de la piazza » vient clore le recueil avec une histoire plus politique et allégorique, centrée sur la puissance du langage et la liberté d’expression.
Pourquoi le lire ?
- Le livre bouleverse moins par ses intrigues que par ce qu’il dit de la condition de Rushdie lui-même : un écrivain revenu à la fiction après avoir été confronté à la mort, et qui répond par la profusion narrative.
- Même quand certaines pages paraissent moins abouties, elles conservent cette verve, cette ironie et cette intelligence stylistique qui font de Salman Rushdie un conteur encore difficile à égaler.
👉 Salman Rushdie, La onzième heure, Gallimard, 320 p., 23 €.
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