Nadège Prugnard (Les Invites de Villeurbanne) : « Les arts de la rue donnent une autre lecture de la ville »
Les Invites de Villeurbanne débutent demain (et même aujourd’hui dans les transports en commun). 50 000 spectateurs sont attendus sur 3 jours. Nadège Prugnard, directrice artistique du festival et des Ateliers Frappaz, revient sur l’identité de ce rendez-vous incontournable, gratuit et ouvert à tous les publics.
Qu'est-ce qui fait l’essence des Invites ?
« Les Invites portent l'ADN même des arts de la rue : une culture populaire, au sens noble du terme. Depuis toujours, l'objectif est de s'adresser à tout le monde, quels que soient l'âge, l'origine ou le milieu social. La gratuité est essentielle dans cette démarche. »
« Ce qui fait aussi la singularité du festival, c'est son rapport à l'espace public. Nous nous définissons souvent comme des "agitateurs". Contrairement à une salle, où le public est acquis et le décor maîtrisé, ici il faut composer avec la ville, ses habitants, ses bruits, ses imprévus. De ces contraintes urbaines naît la créativité des artistes. »
« Les Invites transforment le quotidien et offrent une autre lecture de la ville. Elles portent également une histoire engagée. Ils sont nés dans les années 1980 d'une volonté de remettre l'art au cœur de l'espace public et de le rendre accessible à tous. »
Que promet cette édition 2026 ?
« J'ai cherché à construire une programmation très ouverte, avec un équilibre entre des propositions spectaculaires, de la musique, des formes familiales et des œuvres qui interrogent le monde dans lequel nous vivons. »
« Cette année, on a souhaité accentuer encore davantage la présence d'artistes internationaux, venus de 13 pays différents, mais aussi mettre en lumière des artistes queer ou issus de la diversité. Dans une période marquée par les replis identitaires, il me semblait important d'affirmer cette ouverture comme un acte de résistance. »
« Le festival accueillera des spectacles festifs, mais aussi des créations qui abordent les grands enjeux de société. Pour moi, les arts de la rue ne sont pas là uniquement pour divertir. Ils sont aussi là pour susciter la réflexion, provoquer des échanges et faire vivre le débat dans l'espace public. »
Comment voyez-vous l'avenir du festival ?
« J'espère d'abord que Les Invites existeront toujours dans 10 ans. Le contexte est difficile pour le secteur culturel, avec des contraintes budgétaires de plus en plus fortes. »
« Mais les arts de la rue ont toujours su se réinventer. C'est même leur force. Ils sont habitués à travailler avec les contraintes, qu'elles soient urbaines, sécuritaires ou économiques. À chaque époque, ils inventent de nouvelles formes. »
« Villeurbanne elle-même est en transformation permanente. Le paysage urbain change, les usages évoluent, et le festival évolue avec eux. Je suis convaincue que les arts de la rue continueront à trouver de nouvelles façons d'investir la ville, parce qu'ils répondent à un besoin fondamental : celui de se retrouver, de partager des émotions et de faire société. »
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