L'entretien : « La morale est souvent très élastique »
Le Théâtre National de Nice lance un cycle de conférences originales liées aux pièces à venir. Ralph Schor, historien, agrégé de l’Université, docteur d’État et professeur émérite, joue le premier rôle. La première se déroule demain, à 19h, salle des Franciscains. C'est gratuit, mais vous devez vous inscrire ici.
Comment est née cette collaboration ?
« Avant l'été, j’avais réalisé une première conférence sur Gérard Philipe où mon objectif était de présenter le décor politique. Son père, Marcel, collaborait alors avec les Allemands. J’ai aussi montré, en parallèle du Festival de Tragédies, le rapport étroit entre la mythologie et l’histoire. La manière de contextualiser le récit a retenu l’attention de Murielle Mayette Holtz, la directrice du TNN, qui m’a demandé de regarder la programmation à venir du théâtre et de proposer des conférences. »
De quoi allez-vous parler ?
« Pour cette première, nous allons parler des Gigolos sur la Côte d’Azur au début du XXe siècle. Cette conférence fait écho à la pièce Le Dindon de Georges Feydeau qui sera jouée en novembre (infos). J’ai travaillé sur l’histoire du tourisme sur la Côte d’Azur et les gigolos ont une présence forte. D’abord parce que Nice était fréquentée par l’aristocratie, des hommes et des femmes aisés qui pouvaient s’offrir ces services. L’écrivain et journaliste Jean Lorrain a beaucoup écrit. Les personnalités « recrutaient au marché des ponchettes », selon les récits. Pour les gigolos, la consécration était de se faire épouser par une femme riche. C’est arrivé à un russe, le Comte de Miléant, qui était devenu tellement riche, qu’il a souhaité à la fin de sa vie construire un casino à Nice pour concurrencer Monte-Carlo. Malheureusement, il est décédé avant la fin des travaux, mais ses aspirations ont été reprises et c’est comme cela qu’est né le Palais Maeterlinck. On pouvait également tomber sincèrement amoureux. Ça a été le cas de Paul Vérola qui a épousé une princesse et a fondé une famille. »
Dans quel but ?
« On dit souvent d’une pièce classique ou historique, qu’elle trouve un écho contemporain encore aujourd’hui. Mais on oublie souvent de rappeler le contexte dans lequel cette pièce a été écrite. Cela donne une toute autre perspective. On se rend compte que la morale est souvent très élastique. Le Théâtre National de Nice rappelle ainsi que derrière le divertissement d’une pièce, se cache toujours un message. Je ne m’adresserai pas à un public universitaire, donc j’éliminerai tout jargon. Il y a aussi un échange avec le public et c’est une bonne manière d’enrichir le sujet. »
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