L'entretien : « Nice est une terre de vélo »
Elle incarne le vélo au féminin. Le vélo tout court en fait. Depuis 2017, Marion Rousse, championne de France 2012, commente le Tour pour France Télévision peu de temps après avoir arrêté sa carrière en 2015. À 34 ans, elle est surtout depuis 2021 la patronne du Tour de France féminin. Celui-ci arrivera à Nice pour la première fois le 8 et 9 août !
Comment a évolué le cyclisme féminin ?
« Il va dans la bonne direction. Vous savez, la plus grosse difficulté quand j'ai débuté le vélo, c'était tout simplement d’être une fille. Quand j’avais 6 ans, j’étais la seule sur la ligne de départ donc forcément c’était compliqué de se projeter. Le sport féminin n’avait pas de résonance. Je ne pouvais m’identifier à aucune figure féminine de mon sport. Pour moi, mes champions étaient Robbie McEwen et Tom Boonen. C’était difficile de se dire qu’en tant que fille, je ne pourrais pas participer à la plus belle course du monde : le Tour de France. J’ai été professionnelle et en équipe de France. On était pro comme les garçons dans notre hygiène de vie et notre sérieux à l’entraînement, mais je n’avais pas droit à goûter au tour de France. Les salaires étaient aussi complètement différents. J’avais à l’époque un contrat qui me permettait de travailler dans une mairie, au service événementiel après m’être entraînée. Les garçons pouvaient se reposer. Quand les femmes au foot ont commencé à être médiatisées, j'ai compris que le cyclisme féminin pouvait avoir un bel avenir. »
Votre rôle de directrice du Tour ?
« Je ne m'y attendais pas, même si nous avions l'habitude avec Christian Prudhomme (directeur du TDF) de parler régulièrement de ce qui pourrait être fait en faveur du cyclisme féminin. Il faut bien se rendre compte que dans l'histoire, il n'y a eu que 4 ou 5 directeurs du Tour de France. Donc comment voulez-vous qu'une ado, une jeune femme y pense ? Amaury Sport avait la volonté de le faire, Zwift, en tant que sponsor a soutenu le projet. La clé, c'est le budget. Le TDF féminin a existé avant... mais il n'a jamais perduré. Là, notre rôle, c'est d'accompagner l'évolution du cyclisme féminin et ne pas aller plus vite que la musique. L'UCI a évolué. Aujourd'hui, il y a 9 jours de course et ce n'est pas encore opportun de rivaliser avec un format similaire à celui des hommes. Sur la saison, les équipes comptent 10 ou 11 coureuses contre 30 chez les garçons. Ce serait contre-productif. Directrice du tour, c'est un rôle qu'on porte toute l'année. Sans temps mort : on parle aux sponsors, aux coureuses, aux médias. Mais j'ai eu la chance d'être parfaitement accueillie, encadrée, soutenue, conseillée et aidée. C'est une grande famille. »
Quel regard portez-vous sur la Côte d'Azur ?
« C'est magnifique. Il y a tout ici, la mer, la montagne... c'est un théâtre de jeu formidable et ce n'est pas pour rien si le Tour de France est arrivé ici en 2024. C'était important de faire un clin d'œil à cette grande première et c'est la preuve d'une grande considération du sport féminin. Paris-Nice est également un temps fort de la saison. La dernière étape à Nice du Tour de France Féminin promet d'être spectaculaire avec 4 fois l'ascension du Col d'Èze. D'autant qu'un passage se fera via le chemin du Vinaigrier et le col des Quatre Chemins, avec des passages à plus de 15% ! Nice est une terre de vélo. »
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