L'entretien : « Si vous voyez l'œuvre, c'est qu'il est déjà trop tard »
TOOLATE est un artiste niçois qui utilise la rue comme toile de fond. Un décor du quotidien pour faire passer des messages forts. Une accroche visuelle au service de l'idée qui cherche à bousculer les consciences. Mais l'homme ne cherche pas la lumière : « Je préfère que l’attention reste sur les interventions plutôt que sur la personne derrière. Aujourd’hui, tout pousse à transformer l’artiste en personnage ou en produit. Moi, j’essaie justement de créer l’inverse. »
Comment tout a commencé ?
« Pendant la Covid. Je me suis rendu compte qu’une image, une phrase ou une intervention dans la rue pouvait parfois provoquer plus de réactions qu’un long discours. À cette période, certaines de mes actions ont énormément circulé, et j’ai compris que l’espace public pouvait devenir un terrain d’expression direct. Depuis, je travaille sous le nom de TOOLATE. Ce nom résume assez bien ma vision : si vous voyez l’œuvre, c’est qu’il est déjà trop tard. Trop tard pour ignorer un problème, trop tard pour revenir en arrière, trop tard pour faire semblant de ne pas avoir vu. »
Comment choisissez-vous la thématique ?
« Je pars souvent d’un malaise collectif ou d’une absurdité devenue normale. Le surtourisme, la marchandisation de tout, les contradictions politiques, l’écologie transformée en communication, la maltraitance animale… Je cherche surtout des sujets que les gens croisent tous les jours sans vraiment les regarder. Ma devise est "homo homini lupus est", l’homme est un loup pour l’homme. Car l’Homme est le seul responsable de son propre malheur et il s’en aperçoit quand il est déjà trop tard. »
Quel travail effectuez-vous en amont ?
« Il y a beaucoup plus de préparation qu’on l’imagine. Je passe énormément de temps à observer les lieux, les habitudes, les réactions des gens, les détails urbains. Je fais des repérages, des croquis, des tests de matériaux, des montages photo, parfois des maquettes. Je réfléchis aussi à la façon dont l’œuvre va vivre en image, parce qu’aujourd’hui une intervention existe autant dans la rue que dans sa circulation sur internet. Le plus compliqué, ce n’est pas forcément de fabriquer l’œuvre. C’est de trouver une idée suffisamment simple pour être comprise immédiatement, mais suffisamment forte pour rester en tête. »
Que cherchez-vous à dénoncer ?
« Je ne cherche pas seulement à dénoncer. Je cherche surtout à mettre les gens face à des contradictions qu’ils avaient fini par accepter. Le tourisme de masse vendu comme un progrès alors qu’il remplace peu à peu les habitants. L’humour et l’absurde me permettent de parler de sujets lourds, sans faire de discours militant classique. Je préfère créer un doute ou un malaise plutôt que donner une leçon. »
Comment vous définiriez-vous ?
« Comme un artiste urbain qui utilise la ville comme matière première. Je travaille avec l’ironie, le détournement et des interventions souvent éphémères. Je n’aime pas les étiquettes et je ne me considère pas comme un activiste pur, ni comme un artiste de galerie classique. Je suis quelque part entre les deux. »
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