Le portrait : Eliott Mercier voit la vie en vert
À 34 ans, ses convictions sont aussi solidement enracinées que du plantain. Il faut dire qu’il façonne son engagement pour l'agriculture et la planète depuis aussi loin qu’il se souvienne. L’artisan de Panivore et de 21 Paysans - entre autres - raconte.
Bio express
S’il a des racines normandes, c’est à Paris qu’il évolue jusqu’à ses 18 ans. Il a un grand frère, une maman thérapeute et un père dans l’import-export de produits japonais. « J’ai très vite eu envie de partir : je ne me sentais pas trop à ma place dans un monde où tout va trop vite. » Eliott Mercier s’envole pour la Nouvelle-Zélande. Il a 18 ans, ne sait pas bien ce qui le happe mais, en l’espace d’un an, il arpente aussi l’Australie, le Japon. Il s’intéresse à la terre, aux savoir-faire, à d’autres cultures. « Je vais en Angleterre, comme boursier en business et finances. » En parallèle, il monte des projets agricoles et notamment une ferme expérimentale en Inde, à l’est de Delhi. Il navigue d’un point à l’autre, toujours plus riche d’apprentissages et d'expériences. « Je me dis alors que le sujet agricole ne concerne pas que l’étranger… » En 2014, à Paris, il planche sur un projet dans la Roya. « Je cherche des terres pour du maraîchage très diversifié, sur petite surface. » Quelque chose de spécifique, qui éclot à Tende. En 2015, naturellement, il se dit que la suite, c’est vendre les produits…
Valoriser son art
Ils sont une petite équipe de 8, sur site. Et dans la tête d’Eliott Mercier, se dessinent des concepts. Celui de Panivore, comptoir de pains garnis - il y en a deux à Nice. Et celui de 21 Paysans - “le vaisseau amiral” - qui est une épicerie, un restaurant bistronomique, avec vente en ligne. Il veut rendre accessibles les produits de la région, valoriser le travail des agriculteurs, offrir au consommateur un panel de propositions hyper qualitatives. « Aujourd’hui, j’ai 80 paysans de toute la région maralpine - certifiés, sélectionnés par nos soins - qui me confient le fruit de leur travail. » En 2022, il revend les terres de Tende. Eliott Mercier se concentre sur ses échoppes - en plus d’être vice-président de la Maison des semences paysannes. Il monte même un second 21 Paysans, mais qu’il ferme fin 2023. Il marche sur un fil. « Il y a un vrai recul : des politiques, des consommateurs. Mais il reste une poche d’individus poétiques, nostalgiques, avec lesquels on s’entend merveilleusement. Une population qui adore nos produits. »
Demain
« Le patrimoine alimentaire, c’est aussi notre patrimoine culturel, notre histoire, ce que l’on transmet… Se concentrer là-dessus, c’est pour moi le bon chemin. » Même s’il est chaotique. « La tendance est au renoncement, mais je continue de penser que l’on doit s’amuser, être un bon vivant à table. » Respecter la terre, les saisons, notre santé, préserver les espèces végétales... Le jeune papa en est convaincu : « C’est la seule chose que l’on devrait faire. »
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