Le portrait : Yassine Boutahar, prof rappeur
De « hey m'sieur ! » en salle de classe à “Yass” sur scène il n’y a qu’un pas. Mais toujours le même terrain de jeu : celui des mots. Une passion qu’il transmet et qui sert autant le plaisir, la réflexion que les révisions…
Bio express
Il y a 40 ans, Yassine Boutahar naît à Fréjus. Il est le 6e enfant d’une fratrie de 7. À la maison, la musique arabe résonne. Mais pas que. « Mes parents sont Marocains, alors ils avaient leurs sons, mais il y avait un tel panel d’âges chez nous que j’ai été baigné dans tous les styles musicaux possibles et imaginables. » Du rock à Brassens, en passant par du reggae, de la pop, etc. « Ma plus grande sœur m’a aussi lu des livres très tôt. J’ai tout de suite aimé les mots, la langue. » À l’école, il adore réciter ses poésies. Et au collège, il est fasciné par ses cours de français. « Dès la 6e, j’ai été frappé par l’éloquence de l’enseignant… j’ai eu envie de faire comme lui. » Au lycée de Fréjus, Monsieur Parpere enfonce le clou : « Lui, c’était un acteur ! Il fallait le voir changer de voix, de ton, quand il nous lisait un texte. Il était génial. » Entre-temps, il découvre le rap. « Je fais tout de suite le lien entre les hommes de lettres et les rappeurs. Entre ceux dont les mots peuvent bousculer le monde… »
Le grand saut
C’est en voyant sa grande sœur devenir enseignante qu’il s’autorise à aller au bout de son ambition. « Je viens d’un milieu modeste, entrer dans l’Education Nationale, c’est quelque chose…. » Il démarre à Drap, puis Sarcelles, retour à St-Raph avant le 06. Il fait pas mal de remplacements avant d’être positionné, il y a 4 ans, à Jules-Romains (Nice). Le rap ? « Vers 1995, mon grand frère devient DJ. J’ai vu arriver des platines à la maison, un micro ». Si à 9-10 ans, il écrit ses propres textes, il attendra d’avoir bouclé ses études de littérature et décroché ses premiers postes pour vraiment se lancer. « Je chantais en freestyle avec les copains, mais vers 25 ans, c’est devenu plus sérieux. » Il devient Yass Sogo. Un album, un second, des scènes… Et puis un jour : une pièce de théâtre, des ateliers d’écriture et un “club rap”.
Transmettre
« Le rap, pour moi, c’est un labo d’explorations et des textes complexes, précis, profonds. Loin de l’image que l’on véhicule. » C’est son combat : « déconstruire tout ça. » Il y met du cœur… et de la pédagogie. « Les rimes, c’est un moyen mnémotechnique formidable pour retenir une leçon ! » Au club rap de Jules-Romains, il enfile la casquette de Yass Sogo. « Pour écrire une chanson, il faut comprendre la leçon. Ensuite, on écrit, on chante… Tout passe par l’émotion. » Tout s’imprime, s’assimile. « Il est arrivé que l’on écrive des textes pour le cours d’anglais, d’histoire-géo…» Son initiative fédère, mobilise. Le mobilise. S’il a un 3e album en tête, aujourd’hui ce sont ces liens qu’il veut soigner en priorité.
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