Loi Duplomb : à Rennes, une entreprise lutte contre les insectes ravageurs grâce à des odeurs
Alors que la loi Duplomb, qui prévoit la réintroduction d'un pesticide controversé, suscite de vifs débats, zoom sur une société rennaise de biotechnologie spécialisée dans la lutte contre les insectes ravageurs des cultures grâce aux odeurs.
Quelle est l'innovation portée par votre société ?
« Nous développons des solutions de biocontrôle à base d’odeurs naturellement émises par les plantes. 70% des insectes ravageurs dans le monde utilisent leur sens olfactif à chaque étape de leur vie. Ce sont les récepteurs olfactifs présents sur leurs antennes qui vont capter les molécules présentes dans l’air. En manipulant les paysages olfactifs, nous sommes capables de manipuler le comportement des insectes et de limiter leur population.
Cette technologie n’est pas léthale, et n’exerce pas de pression de sélection, au contraire des solutions conventionnelles actuelles, pour lesquelles des résistances se développent partout dans le monde. Les odeurs rendent possible une gestion complète du cycle de vie des insectes ravageurs, notamment pour prévenir les ravages plutôt que d’intervenir une fois l’insecte présent. »
Votre technologie impacte-t-elle l'environnement ?
« Les odeurs sont similaires à celles naturellement émises par les plantes, elles se dégradent naturellement sous l’effet des UV et de l’oxydation. L’impact est réduit sur l’environnement. Par ailleurs, le sens olfactif des insectes est très "aiguisé".
Une molécule sélectionnée pour lutter contre le puceron n’aura pas d’effet sur son prédateur naturel, comme la coccinelle ou la syrpphe, qui se développent donc sans soucis et contribuent au contrôle du ravageur. »
Vos pièges olfactifs sont-ils déjà utilisés dans les champs ?
« Nous commercialisons depuis plusieurs années des pièges pour lutter contre la bruche en culture de lentille et de féverolle. Nous avons lancé cette année un granulé en matériaux biodégradables, qui s’épand dans les champs de betterave sucrière, pour la protéger des pucerons verts, vecteurs de la jaunisse.
Épandu à l’arrivée des tout premiers insectes, les odeurs vont masquer l’odeur appétissante de la betterave et les pucerons colonisateurs vont continuer leur chemin avec les vents. Pour ceux qui seraient déjà dans la parcelle, l’odeur est dérangeante : ils vont beaucoup moins se nourrir, limitant la transmission du virus de la jaunisse et ayant moins d’énergie, ils vont moins de reproduire. Cela permet de diviser les populations de pucerons par deux. »
Quels sont vos futurs projets ?
« La technologie des odeurs permet d’adresser une large variété d’insectes, notamment les plus grands ravageurs au niveau mondial. Notre plateforme technologique a été construite comme une usine à solution. Quand un problème de ravageur émerge, nous analysons les molécules qui auront l’effet souhaité sur l’insecte visé, et créons les parfums qui vont permettre de protéger les cultures. »
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