Mercredi 17 décembre
La représentation des camps dans le cinéma
Rédigé par Mathieu Arnal
Ophir Levy tient une conférence à 18h au musée de la Résistance. Elle sera suivie de la projection du film La Zone d’intérêt au cinéma Le Cratère à 20h (crédit : DR).
Le musée départemental de la Résistance et de la Déportation et le Cratère proposent une soirée sur le thème des représentations des camps dans le cinéma, en présence de l’historien Ophir Levy, maître de conférences à Paris 8, spécialiste des représentations de la Shoah au cinéma.
QUELLES SONT LES PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS DES CAMPS DE LA MORT AU CINEMA ?
- « Dès le printemps 1945, les actualités cinématographiques diffusent les images de l’ouverture des camps de concentration par les armées alliées. Elles ont un fort impact dans l’opinion publique puisqu’elles sont vues par des dizaines de millions de spectateurs. »
- « Il faut bien faire la distinction entre les camps de concentration et ceux d’extermination ou centres de mise à mort, comme Treblinka, Belzec, Sobibor, qui, eux, n’ont pas été filmés car ont été détruits par les Nazis avant la fin de la guerre. Le cinéma de fiction prend assez vite le relais. »
- « La Dernière étape, tournée au camp d’Auschwitz-Birkenau pendant l’été 1947 par une ancienne survivante, la résistante polonaise Wanda Jakubowska, sort en France en septembre 1948. On a une première représentation de l’univers concentrationnaire et de la déportation sur le lieu même. »
QUELLES SONT LES ŒUVRES LES PLUS MARQUANTES ?
- « Après La Dernière étape, il y a Nuit et Brouillard, l’incontournable documentaire d’Alain Resnais, sorti en 1956, qui montre comment les lieux des camps de concentration, ainsi que le travail d'extermination, étaient organisés de façon rationnelle et sans état d'âme. »
- « On peut citer aussi Kapò (1960) de Gillo Pontecorvo, qui est notamment resté dans les mémoires suite à un article de Jacques Rivette dans les Cahiers du cinéma qui parlait de « travelling de Kapò » qui spectaculariserait par trop l'histoire eu égard au contexte concentrationnaire. »
- « La mini-série américaine Holocauste (1978) de Marvin Chomsky, qui à travers l'histoire de deux familles, l'une juive, l'autre nazie, décrit la destruction des juifs d’Europe, a connu un succès mondial. »
- « Il y a aussi évidemment Shoah (1985) que Claude Lanzmann a construit à partir des seuls témoignages de survivants, bourreaux et riverains des camps d’extermination, et puis La Liste de Schindler (1994) de Steven Spielberg ou encore La Zone d’intérêt (2023) de Jonathan Glazer. »
QU’EST-CE QUI FAIT LA SINGULARITÉ DE « LA ZONE D'INTÉRÊT » ?
- « Le film est une plongée chirurgicale dans le quotidien d’un bourreau, Rudolf Höss, le directeur du camp d’Auschwitz qui mène avec sa femme et ses enfants une existence épanouie juste en face des fours crématoires. »
- « Il joue beaucoup sur l’interpénétration des espaces. On entend depuis la maison familiale des coups de feu, des aboiements, des gens qui hurlent. On perçoit des fumées depuis la profondeur de champ. »
- « Le film montre comment on peut s’acharner à vivre comme si la mort n’était pas présente. C’est glaçant. »
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