L'entretien : Saint-Étienne dévoile ses secrets enfouis
Rencontre avec Julien Foltran, responsable d'opérations pour le bureau d’investigation archéologique Hadès, qui dévoile ce qui se trouve sous le dallage de la nef raymondine dans la cathédrale Saint-Étienne.
Pourquoi la cathédrale Saint-Étienne a-t-elle eu besoin de travaux ?
« La nef raymondine est en mauvais état, ça fait longtemps qu'elle n'avait pas été restaurée.
La conservation des monuments historiques voulait en profiter pour restituer les vestiges de la façade ouest de l'église romane.
Nous avons d’abord réalisé des sondages. Le radar a montré un niveau de 1m30 d'épaisseur assez homogène sous le dallage, puis on perdait le signal radar. On ne pouvait donc pas savoir ce qu'il y avait en dessous. S’en sont suivies deux campagnes de fouilles. »
Comment se sont passées ces fouilles ?
« Il y a d’abord eu le retrait des dalles qui font plusieurs centaines de kilos, puis on a fait rentrer une pelle mécanique dans la cathédrale pour retirer la terre sans intérêt archéologique.
Dès que l'on est arrivé sur un niveau de structure, nous avons fouillé à la main, avec la truelle et le pinceau. Cela a duré un mois, en juillet 2025.
Ce niveau à 1m30 était en fait un énorme remblai, probablement apporté à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle pour rehausser le niveau du sol, sans doute pour le mettre de niveau avec celui du chœur qui était en construction à l'Est. »
Qu’avez-vous trouvé ?
« Plusieurs niveaux d'inhumations. Nous avons trouvé 48 sépultures : des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards. Ce sont des paroissiens enterrés entre le XIVe et le XVIIIe siècle, plutôt les personnalités les plus importantes. Selon les sources, le Sénéchal de Toulouse, le représentant du roi, a été enterré là avec sa femme au XVIe siècle. Au XVIIIe, un Capitoul a été enterré dans la nef avec son épouse qui était née à Versailles, à la cour de Louis XV.
Les linceuls avaient disparu, ainsi que le bois des cercueils. Seuls les clous étaient conservés. »
Que deviennent les corps ?
« On fouille très finement avec une balayette, un pinceau et des petites truelles pour bien dégager les ossements. Ensuite, on les prend en photo, on enregistre comment le corps est enterré. En général, ils sont enterrés avec la tête à l'Ouest et sur le dos, pour qu’à l'Apocalypse, les morts se relèvent en faisant face à l'Est, d'où apparaîtra le Christ.
On prélève les ossements pour les étudier en laboratoire, ce qui permet de déterminer le sexe de la personne, d'estimer l'âge de son décès et de vérifier s'il y a des pathologies. Pratiquement tous ont de l'arthrose et beaucoup avaient perdu des dents avant de mourir. Les plus âgés ont plus de 60 ans.
Une fois qu'ils sont étudiés, nous les restituons à l'État, qui les conserve pour des études ultérieures ou décide, en concertation avec le clergé, de les réinhumer. Ce sera probablement le cas, à l'intérieur de la cathédrale. »
Avez-vous trouvé les premières fondations ?
« Oui, profondément enfouis sous le remblai, nous avons trouvé les fondations de la cathédrale romane que l'on cherchait ! On a trouvé le négatif, en fait : la tranchée, car toute la maçonnerie a été retirée pour être utilisée.
Par contre, à l'intérieur, plus à l'Est, on a retrouvé des longrines, une sorte de grille maçonnée souterraine qui rejoint tous les murs extérieurs et permet de solidifier l'ensemble. À chaque intersection, il y avait un pilier. La cathédrale devait ressembler à la basilique Saint-Sernin telle qu'elle est conservée aujourd'hui. »
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