Tracteurs : L’autonomie peut-elle accélérer la transition écologique ?
Christophe Aubé, cofondateur de la société toulousaine Agreenculture, développe un kit qui permet à un tracteur classique de se déplacer et de travailler seul, sans conducteur. Une innovation qui aide les agriculteurs à gagner du temps, réduire les produits chimiques et limiter la consommation d’énergie, dans un secteur très exposé au changement climatique.
Pourquoi avoir créé Agreenculture ?
« En 2032, il y aura deux fois moins d’agriculteurs qu’aujourd’hui. Beaucoup partiront à la retraite, alors même que les pratiques plus respectueuses de l’environnement, comme le désherbage mécanique ou la réduction des pesticides, demandent plus de passages dans les champs.
Pour réussir la transition écologique, il faut donc dédoubler l’agriculteur. Agreenculture a alors conçu un kit d’autonomie : un ensemble de capteurs et de logiciels qui permet à un tracteur d'évoluer seul, de suivre un parcours précis et de travailler en sécurité. L’agriculteur peut ainsi se concentrer sur des tâches plus utiles ».
Quels bénéfices concrets pour l’environnement ?
« Le premier gain est la réduction des produits phytosanitaires, c’est-à-dire des pesticides.
Grâce à un guidage très précis, un pulvérisateur autonome que l'on a développé avec l'entreprise Kubota permet de diminuer les doses de 40 %.
Autre avantage : remplacer un gros tracteur par deux petits autonomes. Ils consomment moins de carburant, abîment moins les sols et coûtent moins cher à entretenir.
L’autonomie rend aussi possibles des gestes bénéfiques pour le climat. Par exemple, enfouir l’engrais azoté, le placer sous la terre plutôt qu’en surface, réduit jusqu’à 40 % de pertes dans l’air, donc moins d’émissions polluantes.
Côté budget, l’autonomie n’est pas réservée aux grandes exploitations. Un tracteur coûte environ 1 000 € par cheval. Aujourd’hui, beaucoup de modèles dépassent les 150 chevaux, alors que les tâches alternatives, comme le désherbage mécanique ou l’application de précision, ne nécessitent pas autant de puissance.
Il faut donc choisir un tracteur 20 à 30 chevaux plus petit. Ce qui représente une économie d’environ 20 000 à 30 000 € à l’achat. Cette différence suffit à financer notre kit d’autonomie, sans ajouter un euro au budget global de l’exploitation. »
À quoi serviront les 6 millions d’euros levés récemment ?
« Ce financement va permettre d’accélérer le déploiement auprès des agriculteurs, d’industrialiser la production des kits et de faciliter l’installation sur de nouvelles machines.
Agreenculture est déjà active en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas ou encore en Grèce. Et l’entreprise vise désormais un marché colossal : l’Inde. Ce dernier fabrique la moitié des tracteurs du monde. Nous devons être prêts.
L’autonomie n’est pas un gadget. C’est un moyen d’aider les agriculteurs à produire mieux, avec moins d’impact en termes de bilan carbone et de détérioration des sols. »
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