Lundi 9 mars
Poser des panneaux solaires entre les rails, est-ce envisageable ?
Le réseau ferré français s’étend sur près de 28 000 kilomètres (crédit : Sun-Ways).
Installer des panneaux solaires entre les rails des chemins de fer : l’idée paraît futuriste, mais elle est déjà testée en Suisse. La SNCF suit de près cette technologique élaborée par la société Sun-Ways qui développe des solutions innovantes. Caroline Plaza (DG France) et Mélodie de l’Épine (R&D photovoltaïque) à l’Institut Becquerel expliquent pourquoi c’est prometteur… et pourquoi ce n’est pas si simple.
Un gisement “déjà là”, mais très contraint
- La SNCF étudie le solaire sur ses infrastructures depuis longtemps : « Cela fait au moins 10 ans qu’ils évaluent comment déployer du photovoltaïque sur leurs lignes de chemin de fer ». Et l’enjeu est clair : « C’est l’industriel qui consomme le plus d’électricité en France. »
- Entre les rails, le potentiel foncier (les voies ferrées représentent des milliers de kilomètres, donc, en théorie, cela fait énormément d’espace où installer des panneaux, ndlr) est réel, mais il impose un “double usage”.
- « Cet espace est intéressant parce qu’il existe déjà, mais il pose aussi des limites. La priorité reste le passage des trains : la sécurité et la circulation ferroviaire passent avant tout. Cela signifie que les panneaux solaires doivent s’adapter à la configuration des voies. On ne peut pas décider librement de leur taille, ni les incliner dans la direction idéale pour capter le soleil. Ils doivent être installés à plat, entre les rails, sans modifier l’infrastructure existante. »
Ce que ça peut apporter à la SNCF
- L’avantage est double. D’abord, on n’a pas besoin d’utiliser de nouveaux terrains naturels ou agricoles pour installer les panneaux. On exploite un espace déjà occupé par les voies ferrées. Autrement dit, on évite d’« occuper » des sols, c’est-à-dire de transformer des terres en surfaces aménagées. Comme le souligne l’une des expertes : « C’est super parce qu’on ne consomme pas de nouveau foncier. »
- Ensuite, l’électricité produite est générée près du lieu où elle est consommée, en l’occurrence par les trains eux-mêmes, ce qui limite les besoins en longues lignes de transport.
- Autre point positif : une installation solaire classique au sol nécessite des structures métalliques, des pieux et des fondations pour maintenir les panneaux inclinés. Ces éléments représentent aujourd’hui une part importante du coût d’un parc solaire. « Sur les parcs au sol, le premier poste de dépense aujourd’hui, ce sont les supports », rappelle-t-elle. Entre les rails, une partie de ces structures pourrait être réduite, ce qui permettrait d’alléger certains frais d’installation.
- Mais ces panneaux seraient spécifiques : « Ce n’est ni la taille standard des toitures, ni celle des grands parcs. C’est contraint par la géométrie entre les rails », donc « on sort du standard… c’est plus cher », surtout sur un pilote.
Quand pourrait-on le voir en France ?
- Pas de “verrou” technologique côté solaire : « La technologie est complètement maîtrisée, il n’y a pas de rupture. »
- Le vrai sujet, c’est l’intégration ferroviaire : « Il faut démontrer l’absence d’impact et qu’on peut le déployer en sécurité », avec suffisamment de retours des tests pour « rassurer aussi les assureurs ».
- Le déploiement à grande échelle dépendra d’abord des résultats des projets pilotes. Si les tests prouvent que le système fonctionne sans risque et à un coût acceptable, il pourra être généralisé.
- Il dépendra aussi de la disponibilité des terrains. Si les espaces pour installer des panneaux deviennent plus rares, utiliser les voies ferrées pourrait devenir une solution difficile à éviter.
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