Lille : Charles Christory, co-fondateur du Fourgon, le livreur de vrac consigné
Il a remis au goût du jour la tournée du laitier ! Le Lillois Charles Christory, 40 ans, a co-fondé Le Fourgon, épicerie en vrac qui livre tous ses produits dans des contenants consignés. Depuis ses locaux originels à Lesquin et Wambrechies, la société a petit à petit élargi la gamme et conquis + de 3 000 villes en France, dont la région parisienne. Entretien.
Pourquoi réhabiliter la consigne ?
"Je suis entrepreneur depuis l'âge de 20 ans et j'ai commencé à être + sensible aux problématiques du réchauffement climatique au milieu des années 2010. J'ai eu ma 1re fille en 2015. Je ne voulais surtout pas que mes 3 enfants me disent : 'Papa, tu savais, tu n'as même pas essayé !' L'inaction, c'est un truc qui me rend fou !"
"Ensuite, le réel déclic, je l'ai eu avec les 2 amis avec lesquels j'ai fondé Le Fourgon en 2021 : Stéphane Dessein et Maxime Tharin. À cette époque, on subissait un peu les déchets ! Moi, j'avais ma poubelle, je la mettais au bout de ma rue toutes les semaines, elle débordait de déchets et je n'avais pas l'impression de surconsommer ! On a fini par penser au monde d'avant, qui n'est pas si loin que ça : il y a 40 ans, il n'y avait pas de poubelles parce qu'il y avait le réemploi et parce qu'il y avait le laitier !"
Quelle est votre marque de fabrique ?
"Notre enjeu, c'est de vendre des produits, mais surtout de s'assurer que ce bocal ou cette bouteille qu'on livre, on la récupère bien, qu'elle soit bien triée puis nettoyée et remise en circulation. On s'est servi de notre expérience d'entrepreneurs dans la Tech pour créer nos propres logiciels internes."
"Et après, on s'est dit qu'il fallait une super offre. Au départ, l'offre était réduite. À Lille, on a commencé avec 180 produits, on en a 1 200 aujourd'hui, en allant sur l'épicerie, les produits de la maison, la lessive, les jus, les confitures, la compote ou les pestos. Le Fourgon a permis de réemployer 48 M de contenants depuis 2021."
"Par ailleurs, on prévoit des tournées optimisées, c'est-à-dire qu'on signale quand une camionnette passe dans votre quartier : + les tournées sont optimisées et moins on fait de km !"
Quelle attention accordez-vous à vos livreurs ?
"On emploie en CDI + de 250 livreurs sur 400 salariés. On explique à nos livreurs que, quand ils partent, ils sont patrons de leur camionnette. Certes, il y a des tournées à respecter parce qu'on est dans un monde économique et si on veut que la tournée soit rentable, à un moment, il faut qu'on soit efficace. Mais ne pas dire 'bonjour monsieur' ou 'madame' et ne pas avoir la petite phrase qui va bien, ça va jouer contre l'économie de l'entreprise. Et donc, nous, nos livreurs, on leur dit : 'Vous avez le temps de dire ça !'"
Comment voyez-vous la suite ?
"Fin 2025, on s'est implanté en Île-de-France en rachetant La Tournée et on a cette grosse étape."
"On a beaucoup de demandes sur le frais, sur les yaourts et même sur certains fruits et légumes et justement, on est en train d'apprendre de La Tournée, parce qu'eux font le frais, donc on est en train d'apprendre d'eux pour pouvoir dupliquer ce modèle-là dans d'autres entrepôts et notamment dans la MEL. Et enfin, on aimerait se développer à l'international."
"Ce qu'on veut, c'est être une espèce de rouage qui permet à toute une économie d'aller vers un nouveau mode de fonctionnement."
Nos lecteurs ont aussi lu :
Lire la dernière édition de l'Essentiel Lille