Le directeur de crèche lillois Jérôme Dumortier publie une enquête sur le bien-être dans la profession
Le Lillois Jérôme Dumortier, directeur de crèche et formateur, publie ce jeudi Osons réaliser nos rêves dans la petite enfance, nourri de témoignages de 1 760 professionnels sur leur bien-être au travail. Entretien.
Pourquoi avoir mené cette enquête ?
"Éducateur de jeunes enfants et directeur de crèche depuis 2013, j'ai toujours pensé que le bien-être des enfants dépend d'abord de celui des professionnels. Beaucoup me confiaient leur fatigue, leur usure, leur perte de sens."
"Après les polémiques sur les crèches, on parlait d'eux sans leur donner la parole. J'ai lancé une enquête en ligne : je visais 500 réponses, j'en ai reçu 1 760. Les résultats montrent un attachement profond au métier, mais un manque criant de reconnaissance. Le travail est physiquement et mentalement éprouvant. Peu de professionnels restent jusqu’à la retraite."
Comment améliorer leur quotidien ?
"Il faut recréer du collectif. Dans ma crèche associative à Villeneuve d'Ascq, nous avons des temps d'échange quotidiens et des analyses de pratique. Nous travaillons la gestion des émotions : aucun adulte ne crie et aucune violence éducative ordinaire (comparaisons entre les enfants, humiliations, etc.) n'est tolérée."
"Nous soutenons aussi les équipes face aux situations difficiles avec les familles. Si les adultes sont sécurisés et écoutés, les enfants en bénéficient directement."
Au fond, est-ce un enjeu de société ?
"Oui. La place de l'enfant révèle nos priorités. En France, on multiplie les espaces 'no kids', comme avec les wagons sans enfant lancés par la SNCF. En Suède, les violences éducatives ordinaires sont interdites depuis 1979 et chez nous, seulement depuis 2019."
"Aujourd'hui encore, un enfant subit une agression sexuelle toutes les 3 min et environ 500 bébés sont secoués chaque année. Nous voulons remettre l'enfant au centre, le valoriser, développer son estime de soi et sa confiance en lui. Pour avoir des adultes qui vont bien, tout se construit dès la petite enfance. Replacer l'enfant au centre et valoriser celles et ceux qui en prennent soin, c'est un véritable choix de société."
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