Jeudi 4 juin
La force d'un dissident
La Légende se fonde sur l'expérience carcérale de Boualem Sansal dans les geôles algériennes (crédit : Joel Saget - AFP / Grasset).
Sorti en librairie mardi, La Légende (Grasset) offre déjà une certitude : la plume de Boualem Sansal ne s'est pas émoussée dans les cachots de la prison de Koléa. Avec ses accélérations et ses ralentissements, ce livre est une réflexion sur la vulnérabilité, la liberté et le courage.
La trame
- Le 16 novembre 2024, Boualem Sansal est incarcéré à l'aéroport d'Alger. Les autorités lui reprochent d'avoir pris dans la presse française une position contraire au dogme officiel sur le tracé des frontières entre l'Algérie et le Maroc.
- L'écrivain franco-algérien fait alors l'expérience de l'arbitraire le plus pur : privé de visite consulaire et d'avocat, il comparaît devant des magistrats aux ordres d'Alger. Il écope d'une peine de 5 ans de prison et d'une amende colossale.
- La mobilisation internationale lui évite de sombrer dans l'oubli. C'est finalement la présidence allemande qui obtient sa libération un an après son arrestation. Boualem Sansal est gracié, ce qu'il ne peut accepter : il réclame aujourd'hui la révision de son procès et son acquittement.
Une œuvre littéraire
- Boualem Sansal a rédigé La Légende - surnom que lui donnaient ses camarades de détention - en 40 jours, pressé par l'urgence de coucher sur le papier le récit de cette expérience orwellienne.
- Cette urgence se ressent dans l'écriture et la structure : les considérations les plus profondes sont tissées avec des récits plus légers où pointent en permanence l'ironie (mordante) et l'autodérision.
- À une écriture ciselée s'enchaînent des mots familiers, la poésie s'entremêle à la prose, les développements construits cèdent la place à des rafales de phrases courtes : ce style inclassable laisse ainsi percevoir le bouillonnement qui agite l'esprit et le cœur de Sansal, libre certes, mais encore sous le choc.
Pourquoi il faut le lire
- La Légende est un récit profondément émouvant : celui d'un homme épris de liberté, fracassé par la broyeuse de l'expérience carcérale et la haine d'un régime répressif. Seul l'amour de sa femme lui évitera la destruction totale.
- La Légende suscite une réflexion féconde sur le rapport du pouvoir avec le mensonge, sur la manipulation des mots, sur les complicités actives ou passives, les renoncements et les lâchetés. En creux se dessine ainsi un manuel de résistance.
- La Légende est l'œuvre d'un dissident. Si la privation de liberté de Sansal fut plus brève que celles de Soljenitsyne, de Havel ou de Mandela, son expérience rappelle que l'arbitraire le plus dur n'est pas réservé aux régimes du passé ou aux terres exotiques : il sévit aujourd'hui de l'autre côté de la Méditerranée et asphyxie cette Algérie dont Albert Camus, si cher à Sansal, a montré mieux que quiconque l'âpreté, parfois, mais surtout la beauté solaire.
👉 Boualem Sansal, La Légende, Grasset, 252 p., 22 €.
Un message de MCDONALD’S FRANCE
Une info à nous suggérer ?
Contactez-nous
Lire la dernière édition de l'Essentiel Livres