« Je n’ai pas cherché à plaire à tout le monde » : Romain Froquet défend son œuvre Tissage Urbain place Bellecour
Artiste plasticien lyonnais, Romain Froquet est à l’origine — aux côtés de l’architecte Tristan Israël — de Tissage urbain, l’installation monumentale déployée sur la place Bellecour. Conçue comme une réponse artistique à l’enjeu de l’ombrage urbain, l’œuvre alimente les débats.
Comment avez-vous conçu cette installation ?
« Je suis parti d’une vue satellite de la place, que j’ai traitée comme une immense toile en 2D. L’idée était de penser le sol urbain comme un support graphique. »
« J’ai ensuite imaginé une série de voilages suspendus par des portiques en bois, qui rappellent les métiers à tisser utilisés par les canuts. On est sur une structure monumentale, mais pensée pour s’intégrer sans dénaturer. »
« La couleur rouge orangé a été choisie en écho aux teintes de la ville. C’est une teinte chaude, mais qui reste familière à l’identité visuelle de Lyon. »
Comment s’intègre-t-elle dans le paysage urbain ?
« Créer une œuvre dans l’espace public, c’est prendre en compte le lieu, les usages, l’histoire et les flux humains. Rien n’est laissé au hasard. »
« Bellecour, c’est une place centrale, traversée, habitée. J’ai étudié les cheminements naturels des passants pour que l’installation accompagne le mouvement, sans l’entraver. »
« En tant que Lyonnais, je tenais à inscrire ce projet dans une continuité historique. L’univers des canuts est une évidence. Le textile est mon médium de travail. Le lien était presque organique. »
Cette œuvre suscite des critiques. Que répondez-vous ?
« Je n’ai pas travaillé dans l’idée de séduire tout le monde. Mon but n’était pas de faire consensus, mais de proposer un geste artistique fort, qui dialogue avec le lieu. »
« Il y a des critiques sur le coût, sur l’esthétique. Mais l’œuvre n’est pas une réponse unique : elle est là pour provoquer, interroger, offrir une expérience. »
« En pratique, elle apporte de l’ombre, donc de la fraîcheur, à un espace minéral et souvent écrasant l’été. Elle va rester 5 ans sur la place. Elle appartient désormais aux usagers qui s’en empareront, ou non. C’est le propre d’une œuvre dans l’espace public. »
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