Sorj Chalandon, entre l’ombre d’un père et la lumière de Lyon
L’écrivain, lyonnais d’origine et de cœur, signe l’un des livres les plus attendus de la rentrée littéraire : Le Livre de Kells. Une plongée dans sa jeunesse tourmentée dans la capitale des Gaules et le parcours d’un écorché vif.
Une enfance solitaire
Dans son nouveau livre, l’écrivain et journaliste Sorj Chalandon revient sur son enfance lyonnaise. Une jeunesse marquée par un père menteur et violent, et une mère incapable de lui donner l’affection attendue.
À l’époque, il vit du côté de Saint-Irénée. Le jeune Sorj fugue souvent et trouve refuge sur les quais de Saône ou au parc de la Tête d’Or, pour échapper aux coups.
« Lyon, pour moi, c’était le seul adulte qui me consolait, le seul adulte avec lequel je ne voulais pas couper les ponts », nous confie-t-il. À 17 ans, il tourne le dos à son père et quitte difficilement son amie de pierre pour s’installer à Paris.
Il renaît dans l’effervescence des mouvements maoïstes et de Mai 68. Après avoir débuté comme dessinateur, il rejoint Libération en tant que journaliste puis grand reporter, couvrant notamment l’Irlande du Nord et le Moyen-Orient.
Un lien viscéral avec la ville
En 1987, il revient à Lyon pour couvrir le procès de Klaus Barbie. Il explique, dans Enfant de salaud, que ce procès fut le déclencheur d’une double-enquête : celle du crime contre l’humanité et celle, intime, sur les mensonges de son père durant l’Occupation à Lyon.
C’est aussi l’époque où il se lance dans l’écriture. Ses romans marquants – Mon Traître, Enfant de salaud ou encore L’Enragé – imposent sa voix singulière.
« Mon dernier livre, c’est une manière de raconter ce qui se passe quand on ouvre la porte de chez soi. Je n’aurais pas pu le faire avant. J’avais honte d’avoir été à la rue, honte de la drogue, honte d’avoir survécu aux copains. »
Aujourd’hui, son père disparu, Sorj Chalandon se promène régulièrement dans « la ville qui l’a protégé ». Il y flâne avec ses filles, mais garde toujours une demi-journée pour errer seul dans le quartier de son enfance.
« Quand je suis parti, la seule chose que je voulais, c’était de pouvoir revenir ici sans voir mon père. »
Le Livre de Kells de Sorj Chalandon, aux éditions Grasset. 384 pages – 23 €.
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