Mardi 6 janvier
Lyon : Qui était Madame Girard, reine éphémère de Bellecour ?
Rédigé par Léo Mourgeon
Adepte de la grandiloquence, Madame Girard traversait parfois son établissement à dos de cheval, entourée de laquais (crédit : Bibliothèque municipale de Lyon).
À Lyon, au cœur du XIXᵉ siècle, une limonadière transforma un simple pavillon en scène publique et fit vaciller l’ordre social depuis l’ombre des tilleuls de Bellecour.
Une femme dans l’espace public
- Née à Mâcon en 1797, Françoise Valnois, devenue Madame Girard par son mariage, arrive à Lyon dans les années 1820. Avec son mari, elle tient d’abord le café d’Italie avant d’obtenir, en 1829, l’exploitation d’un pavillon sur la place Bellecour.
- À une époque où les femmes restent cantonnées à l’arrière-plan, elle occupe le devant de la scène. Tenancière, gestionnaire, figure visible du lieu, elle impose sa présence dans un espace public encore largement masculin.
- Elle dira plus tard n’avoir jamais oublié « que le trône de la Reine des Tilleuls (son surnom ; NDLR) n’avait d’autre base que les fourneaux d’un café ».
La naissance d’une reine
- Pour attirer une clientèle mondaine, Madame Girard comprend avant l’heure la force de la mise en scène, de ce qu’on appelle aujourd’hui le storytelling. Concerts, galeries décorées, service soigné : le Pavillon devient un lieu à la mode, tantôt chic, tantôt irrévérencieux.
- Puis vient l’image. Coiffée à la manière de l’Ancien Régime, entourée de laquais, elle parade, parfois même à cheval, sous les regards fascinés. La foule la proclame « Reine des Tilleuls », en référence aux arbres qui habillaient le sud de la place et à son inspiration bourbonne.
- Elle racontera ce moment comme une acclamation spontanée : « Les Lyonnais, par une voix unanime, me proclamèrent Reine des Tilleuls ». Admirée, caricaturée, commentée, elle devient une célébrité locale, au point d’inspirer journaux, lithographies et même une pièce de théâtre.
Chute et mémoire
- Ce succès, assorti à sa condition féminine, suscite jalousies et hostilités. Procédures, accusations politiques, dettes : le Pavillon est attaqué de toutes parts. En 1840, la faillite est prononcée et Madame Girard est expulsée de Bellecour.
- Elle publie l’année suivante ses mémoires, consultables à la Bibliothèque municipale de Lyon (n°102009) ou en version numérique sur Numelyo, pour se défendre : « La Reine des Tilleuls a perdu ses États, mais elle n’a pas abdiqué ».
- Oubliée après son départ de Lyon, elle meurt à Paris en 1867. Reste pourtant son histoire : celle d’une femme en avance sur son temps qui, par l’audace et le récit, sut s’inventer une place dans la ville et dans la mémoire lyonnaise.
Abonnez-vous gratuitement
Nos lecteurs ont aussi lu :
Abonnez-vous gratuitement
Une info à nous suggérer ?
Contactez-nous
Lire la dernière édition de l'Essentiel Lyon