Chantal Maquaire, l’orfèvre du titane
La joaillière lyonnaise, récemment faite chevalier des Arts et des Lettres, incarne une trajectoire rare entre artisanat, industrie et luxe mondial.
Une pionnière
Née d’un père carrossier et d’une mère couturière, Chantal Maquaire a toujours su se servir de ses mains. À 14 ans, elle entre en apprentissage à la SEPR de Lyon. À une époque où les ateliers sont quasi exclusivement masculins, elle apprend toutes les techniques, patiemment, dans plusieurs maisons lyonnaises.
Première — et toujours unique — femme Meilleure Ouvrière de France en joaillerie, Chantal Maquaire n’a jamais suivi les codes établis. « Chaque bijou est une victoire collective », rappelle-t-elle aujourd’hui. Sa vision du métier est restée fidèle à ses débuts : « une discipline exigeante mais profondément collective et emplie d’amour ».
En 1999, elle s’installe seule dans un garage à Caluire-et-Cuire. Quatre ans plus tard, elle cofonde Oteline. L’atelier grandit vite, porté par une exigence technique et une capacité à répondre aux demandes les plus complexes des grandes maisons.
Cartier, Hermès, Chaumet, Dior… les collaborations s’enchaînent. En 2026, Oteline compte 80 collaborateurs, dont une cinquantaine d’artisans, et réalise 75 % de son activité à l’international.
Le tournant intervient en 2022, avec le rachat par Christian Dior Couture (groupe LVMH). L’atelier lyonnais devient alors une pièce stratégique d’un écosystème mondial du luxe.
Le pari du titane
Sa signature tient en un mot : innovation. Chantal Maquaire est aujourd’hui l’une des rares en France à maîtriser entièrement le travail du titane en joaillerie.
« C’est un matériau complexe, plus léger que l’or, qui permet de créer des pièces volumineuses sans compromis sur le confort », détaille-t-elle. Oteline est même le seul atelier français capable d’en assurer toute la chaîne de fabrication, de la fonte à l’anodisation.
Derrière la reconnaissance du titre de chevalier des Arts et des Lettres, Chantal Maquaire met désormais l’accent sur la transmission. Formation des apprentis, participation aux jurys, contribution aux sujets des concours MOF : elle structure un savoir-faire qui peine à recruter.
« Cet insigne est un hommage à tous les artisans, ceux qui se servent de leurs mains », déclare-t-elle. Une manière de rappeler que derrière les vitrines de la place Vendôme, ce sont des ateliers comme le sien qui font vivre le luxe français.
Nos lecteurs ont aussi lu :
Lire la dernière édition de l'Essentiel Lyon