L'entretien : Pour Damien Piga, « la ZFE a seulement eu une vocation pédagogique »
Directeur des relations extérieures et innovation d'AtmoSud, l'observatoire de la qualité de l'air dans notre région basé dans la cité phocéenne, fait un état des lieux sur l'efficacité des Zones à Faibles Émissions (ZFE) pour l'Essentiel Marseille.
Quel a été l'apport de la création d'une ZFE à Marseille en septembre 2022 ?
« AtmoSud ne constate aucune évolution significative à l'intérieur, comme en dehors de cette zone, alors que c'était l'objectif. La ZFE a seulement eu une vocation pédagogique d'alerte sur les voitures polluantes. L'absence de contrôles a limité sa mise en œuvre. Le seul mérite des ZFE est d'avoir permis de parler de la qualité de l'air, de la place de la voiture dans l'aire urbaine et d'ouvrir le débat sur les questions de mobilité. »
La ZFE a-t-elle toujours un avenir après le report de son extension aux véhicules Crit'air 3 ?
« Les ZFE existent toujours dans les textes. S'il y avait eu une application stricte, l'impact aurait été plus important par rapport à ce que nous avions scénarisé : le changement d'1 tiers du parc auto pour obtenir 2/3 de réduction des émissions. En moyenne, sur les 25 dernières années, nous constatons que la concentration de dioxyde de carbone, principalement émis par les échappements de moteurs thermiques, a été divisée par 2. Un peu moins à Marseille et dans sa périphérie qu'au niveau national. S'il y a bien eu une amélioration de la qualité de l'air, il s'agit d'une tendance globale, ici comme dans les autres villes. Elle s'explique par les progrès technologiques rendant les véhicules de plus en plus vertueux, pas par les ZFE. »
Que préconisez-vous ?
« Nous devons encore agir pour avoir une meilleure qualité de l'air et préserver la santé des habitants. Jusqu'alors, avec les ZFE, on n'a misé que sur le levier technologique : le remplacement des véhicules polluants par des véhicules plus propres. Il en existe d'autres à actionner comme réduire le besoin de déplacements en travaillant sur l'urbanisation, la mixité fonctionnelle. C'est le plus efficace et le plus long à mettre en place. Il faut y penser dès aujourd'hui. Si déplacement il y a, il faut choisir le plus propre possible, donc développer les voies réservées aux vélos et les transports en commun. Nous devons aussi tenir compte des spécificités locales. La problématique n'est pas la même à Paris ou à Marseille. Ici, on veut interdire les véhicules diesel, mais les navires, fonctionnant eux aussi au diesel, ne sont pas concernés... »
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