Jeudi 11 décembre
L'Emmerdeur, ce film culte qui a marqué les Montpelliérains
Rédigé par David Pagès
Une scène mythique avec Jacques Brel sur les toits du 10 avenue Foch (crédit : TF1 International).
L'Emmerdeur d'Édouard Molinaro avec Jacques Brel et Lino Ventura est sans aucun doute celui qui a marqué le plus la mémoire des Montpelliérains.
Le contexte
- Printemps 1973. Montpellier, encore discrète sur la carte du cinéma français, devient soudain le théâtre d’un tournage hors norme.
- Dans les ruelles baignées de lumière, entre le palais de justice et la rue Foch, Jacques Brel et Lino Ventura incarnent les 2 pôles d’un duo improbable dans L’Emmerdeur, réalisé par Édouard Molinaro.
- Adapté de la pièce de Francis Veber, ce vaudeville noir, où un tueur à gages méthodique voit sa mission sabotée par un voisin suicidaire, prend vie dans les décors montpelliérains.
- Le 10 rue Foch devient un hôtel fictif, le dôme de la rue d’Albisson un poste de tir. Et dans cette ville transformée en plateau, les habitants assistent, ébahis, à la naissance d’un film devenu culte.
Dans les coulisses
- « Chauffe, Marcel ! » résonne dans les rues, tandis que l’accordéon de Marcel Azzola accompagne les scènes. Molinaro, caméra sur l’épaule, filme Brel suspendu à une corniche, défiant le vide avec une nonchalance désarmante.
- « Jacques n’avait pas peur, il n’avait pas le vertige », rappelait le réalisateur. Lino, lui, plus réservé, joue Ralph Milan avec la gravité d’un polar. « Ce n’est pas un vaudeville », dit Brel, hésitant.
- Molinaro le rassure : « Tu as chanté Mathilde, c’est la même douleur. » Et Pignon naît, champion du monde des emmerdeurs, figure tragique et burlesque.
- Les Montpelliérains, eux, vibrent. Lénie se souvient : « C'était super en face de l'ancien tribunal où j'ai vu tourner une bonne partie du film. » Franck évoque lui les décors sur le Peyrou « qui ont marqué ma mémoire ». La ville entière était devenue figurante, complice d’un tournage qui l'a transcendée.
La toile de fond
- Rue Eugène-Lisbonne, avenue d’Assas, la Comédie, l'avenue du Château d’O… Chaque lieu est devenu un fragment de pellicule, un souvenir collectif. L’Emmerdeur n’est pas seulement un film : c’est un morceau du patrimoine montpelliérain.
- Dernier film de Brel sorti en salle, il scelle une époque, un style, une émotion. Depuis, le Clapas a accueilli Truffaut, Depardieu, Chabat, Roschdy Zem..., mais aucun tournage n’a laissé une empreinte aussi vive.
- Ce printemps-là, la ville a vu naître une amitié improbable entre un tueur et un représentant en chemises, entre 2 solitudes, entre le cinéma et Montpellier. Et dans les mémoires, cette caméra sur l’épaule continue de tourner, inlassablement.
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