La Montpelliéraine Martine Argellies, une orfèvre du clavecin
La Montpelliéraine façonne dans l'Écusson depuis 1981 des clavecins d’exception, entre héritage baroque, précision acoustique et artisanat d’art, jusqu’aux scènes de l’Opéra Bastille.
Bio express
Rien ne destinait Martine Argellies à faire vibrer des cordes anciennes. Après des études d’économie dans le Clapas, le chômage l’amène à accorder sa trajectoire autrement. Elle prête main forte à un ami restaurateur de pianos, mais « c’était son projet, pas le mien », confie-t-elle.
Pourtant, la Montpelliéraine œuvre et sa partition la mène à travailler le bois. Chez un ébéniste nîmois, la rencontre opère : bois et musique entrent en résonance. Elle apprend seule durant 10 ans, avant d’installer son propre atelier en 1981 dans la rue des Soldats.
Depuis, elle a signé plus de 400 instruments. À 68 ans, désormais à la retraite, elle profite pour faire du jardinage, des balades à vélo, prendre l’air à la campagne. Toutefois, Martine Argellies reste à la tête de son entreprise par passion et transmission.
Son métier
Chez elle, chaque création relève d’une alchimie rare. « Pour construire un clavecin, on part de rien et on arrive à tout ». Entre acoustique fine, sculpture, mécanique délicate et mémoire historique, tout s’entrelace.
Inspirées des maîtres des XVIIe et XVIIIe siècles, ses pièces retrouvent des caractéristiques proches d’autrefois. 3 exemplaires ont même trouvé place à l’Opéra Bastille.
Refusant les excès, Martine Argellies sourit : « On nous a demandé de faire une épinette (un clavecin dont les cordes sont plus ou moins obliques par rapport au clavier, ndlr) avec la danseuse de Degas, mais on a refusé ». Une exigence qui accorde rigueur et élégance.
Son atelier
Dans la ruelle du quartier Gambetta, la vitrine de l'atelier Clavecins Martine Argellies donne le ton : une véritable famille d’instruments s’y déploie. Ici, on fabrique et on restaure. « La chaleur ou l’humidité deviennent des adversaires qu’il faut apprivoiser », prévient la factrice de clavecins.
En coulisses, l’équipe réalise une douzaine de pièces chaque année, dont un quart s’exporte. « Les prix varient de 1 300 à 30 000 € », révèle Martine Argelliers.
Concerts intimistes, réglages minutieux, échanges avec musiciens rythment le quotidien. « Pour apprendre le clavecin, il faut 5-6 ans », conclut la Montpelliéraine. Un temps long, à l’image de ce métier : à la corde.
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