L'entretien : « Nantes est une place forte du muguet »
La Nantaise Agnès Laurent vient de publier Clochettes, une histoire du muguet, disponible à la librairie Coiffard. À 2 jours du 1er mai, date à laquelle l'on offre traditionnellement ces petits brins, l'Essentiel Nantes vous invite à en découvrir les secrets.
Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?
« Je fais du conseil en communication en tant qu'indépendante depuis 15 ans. Dans ce cadre, j'écris des livres pour des donneurs d'ordres sur différents thèmes. Clochettes, c'est mon 6e ouvrage mais c'est un projet personnel, né de la rencontre avec un producteur et de mon envie de creuser le sujet. »
« Grâce à lui, j'ai découvert que Nantes était une place forte de cette culture, 95 % du muguet français est produit ici. Alors que je vis sur le territoire depuis plus de trente ans, je ne soupçonnais pas tous les enjeux autour de cette fleur emblématique. »
Comment avez-vous procédé ?
« J'ai l'habitude de chercher les faits et la découverte me motive. J'ai entamé des recherches et fait appel à des historiens et différents spécialistes (ethnopharmacologue, fédération des maraîchers nantais) pour démêler le vrai du faux. »
« Je me suis entourée de Renaud Pauméro pour son travail graphiste et de l'illustratrice Domitille Héron. Je voulais écrire un bel ouvrage avec un contenu sérieux. »
Qu'avez-vous découvert ?
« L'ouvrage s'articule autour de 5 chapitres, qui reposent sur des échanges et rencontres avec des interlocuteurs de référence. »
« J'aborde la tradition du 1er mai en relation avec l'aspect porte-bonheur, les usages médicinaux du muguet utilisés pour ses principes actifs et ses propriétés cardio-toniques, ou encore son rôle en parfumerie alors qu'on parle de fleur muette. »
« J'ai exploré les liens entre le couturier Dior et cette fleur et enfin le dernier chapitre est consacré à la production nantaise, à son apogée dans les années 1960. »
Pourquoi cette fleur est-elle considérée comme porte-bonheur ?
« Le muguet est en effet associé à la pureté, à la chance or rien ne le prouve historiquement. C'est une construction culturelle, qui, selon moi vient de plusieurs paramètres. »
«Il faut remonter à l'imaginaire du polythéïsme grec. Apollon aurait créé le muguet pour tapisser le Mont parnasse afin que les muses puissent le rejoindre sans se blesser. Dans la religion, les portes du Paradis seraient ornées de clochettes qui ne teinteraient qu'au passage des âmes pures. Au VIe siècle, un ermite aurait terrassé un dragon, chaque goutte de sang se transformant en clochette. Tous ces récits ont contribué à instaurer cette histoire de protection et d'humilité. »
Qu'en est-il du 1er mai ?
« L'association du muguet et du 1er mai résultent de facteurs culturels, économiques et politiques. Le 1er mai devient la fête du Travail à la fin des années 1800. Le 1er mai 1908, les journaux parisiens évoquent le muguet comme porte-bonheur. »
« Sa popularité est vraisemblablement liée au succès du chanteur toulonnais Félix Mayol. Venu passer une audition à Paris, il porte quelques brins en boutonnière, offerts par une amie. Sa réussite le mène au succès. En 1906, les fêtes du muguet à Rambouillé vont contribuer également à la notoriété de ces clochettes. »
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