Jade Genin, l'amour filial du chocolat
À quelques jours de Pâques, Jade Genin, l'une des meilleures chocolatières de Paris, nous a ouvert les portes de son atelier en pleine effervescence pour parler de ses créations spéciales du moment et évoquer son parcours de vie, avec le chocolat en fil rouge.
AUX ORIGINES
Le chocolat a toujours fait partie de la vie de Jade Genin. Rien d'étonnant pour la fille de Jacques Genin, l'un des chocolatiers les plus renommés de la capitale. Son premier souvenir gourmand prend place dans l'atelier de son père : « Je n'allais pas à la garderie. Pour m'occuper, il me donnait des seaux de glucose, une matière très sensorielle avec laquelle je jouais pendant des heures. Et je regardais beaucoup ce qu'il se passait autour de moi », confie-t-elle.
En grandissant, pourtant, l'idée de travailler dans ce milieu ne l'inspire pas. « Pendant longtemps, j'ai eu du mal à dissocier mon père et le chocolat », explique-t-elle. Déterminée, Jade Genin se lance dans des études de droit, qu'elle suit pendant 6 ans, et devient ensuite avocate, spécialisée dans les fusions et acquisitions. « J'avais une bonne situation mais je ressentais un vrai manque de la matière, et de l'atelier. J'ai attendu plus de 2 ans, avant d'être sûre que je voulais revenir vers le chocolat », se rappelle-t-elle.
CHANGEMENT DE DÉCOR
Elle décide finalement de mettre la robe d'avocate au placard et de reprendre son tablier en rejoignant son père. « Finalement, je savais déjà tout faire », sourit-elle. Au bout d'un an seulement, la passionnée reprend la direction de l'équipe, et c'est 2 ans après qu'elle choisit de faire le grand saut en se lançant à son compte.
« J'ai toujours eu un caractère affirmé et l'envie de développer ma patte artistique, mon identité, confie la chocolatière. Il y a eu des gens qui ont émis des doutes sur ma légitimité, car je suis une "fille de" et surtout car je suis une femme, mais j'ai toujours continué d'avancer ». Quelques années plus tard, Jade Genin est l'une des créatrices les plus respectées de la capitale. Sa collection phare, les pyramidions, s'est imposée dans la gastronomie parisienne grâce à l'utilisation de saveurs rares (basilic, jus de gingembre, anis étoilé, aneth ou bergamote pour les derniers).
De l'esthétique et du sens
Pour les fêtes de Pâques, qu'elle prépare depuis plusieurs semaines, la spécialiste a imaginé une collection spéciale avec des lapins, grenouilles et poissons colorés, mais surtout 3 œufs peints à la main autour de la « Renaissance des femmes », un sujet qui lui tient à cœur. « L'un représente l'acceptation, et reprend les codes du kintsugi pour montrer que les fêlures font partie de nous ; l'autre la rupture, et les prises de décisions radicales ; et la dernière la mue, où l'on joue sur un aspect dentelle », détaille celle qui aime « quand l'esthétique sert un propos, qu'il soit engagé, ludique ou gourmand ».
Moins de 10 ans après son changement de vie, Jade Genin ne regrette rien, et surtout pas son ancien métier : « J'essaie de tout faire avec mon cœur et mes tripes, et si ça prend tant mieux. Aujourd'hui, je me sens à ma place, je ne me verrais pas faire autre chose. »
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