Rencontre avec Guillaume Perrault à l'occasion du bicentenaire du Figaro
Titre majeur de la presse française, presque une institution, Le Figaro a fêté son bicentenaire en grande pompe cette semaine à Paris, au travers notamment une exposition et des conférences organisées jusqu'à ce soir sous la verrière du Grand Palais. Guillaume Perrault, rédacteur en chef des pages Histoire du Figaro, et commissaire de l'exposition avec l'historienne Claire Blandin, revient sur l'événement.
En quoi Le Figaro a été non seulement un témoin, mais aussi un acteur de l’histoire ?
« Le Figaro a pesé sur le cours des événements en de nombreuses occasions. Citons sa campagne de presse en faveur du capitaine Dreyfus à l’automne 1897, qui lance « l’Affaire » ; la publication, en mai 1939, d’un article de Boris Souvarine, spécialiste du communisme, annonçant le pacte Hitler-Staline avec 3 mois d’avance ; l’opposition du journal aux excès de l’épuration sous la plume de Mauriac ; ou pendant la guerre froide, les chroniques lucides de Aron sur le phénomène totalitaire, qui n’ont rien perdu de leur intérêt. »
Quels sont les joyaux des archives du Figaro ?
« Les archives du Figaro, conservées à la BnF, sont en effet une mine d’or. Ce quotidien a publié les plus grands noms de la littérature française : Baudelaire (après avoir, il est vrai, éreinté les Fleurs du mal), Zola, Proust, Claudel, Montherlant, Colette, Cocteau, etc. Étudier les manuscrits des textes que ces écrivains ont publiés dans nos colonnes est passionnant. Le premier tome de À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913), s’ouvre d’ailleurs par une dédicace au directeur du Figaro de l’époque. »
Y a t-il un « esprit » du Figaro ?
« Le Figaro participe au combat d’idées, mais il est très mesuré lorsqu’il s’agit des personnes. L’acharnement de Gaston Calmette contre Joseph Caillaux en 1914 constitue une exception dans les annales du journal. Un autre trait du quotidien est son souci du pluralisme. Dès le Second Empire, le directeur de l’époque, Villemessant, a longtemps publié, aux côtés de journalistes monarchistes ou bonapartistes, le socialiste révolutionnaire Jules Vallès et Rochefort, alors anarchiste. Un certain goût de la liberté est le fil rouge de l’histoire du Figaro. »
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