Rennes : une conférence sur la cohésion de l'Union européenne face aux égoïsmes nationaux
Marion Gaillard, enseignante à Sciences Po Paris, donnera une conférence ce mardi à l'espace Ouest-France pour expliquer que les désaccords actuels ne sont pas le reflet d'une Europe en crise. Rencontre.
Comment l'Europe peut-elle parler d'une seule voix malgré ses désaccords ?
« Il faut commencer par accepter que le dissensus fasse partie de la démocratie. L'Union européenne n'est pas un empire monolithique : c’est l’union de 27 pays qui délibèrent. Les désaccords sont donc normaux. L'essentiel, c'est qu'il existe des institutions conçues pour les organiser. Depuis une vingtaine d'années, l'UE a traversé de nombreuses crises : dette, Brexit, Covid, Ukraine. À chaque fois, elle a trouvé des solutions. Les compromis ne sont jamais parfaits, souvent trop lents ou insuffisants, mais ils existent et permettent d'avancer. »
Les contradictions de l'UE reflètent-elles celles des États eux-mêmes ?
« La difficulté à dégager des majorités n'est pas propre à l'Union européenne. La France connaît ses propres blocages politiques, la Belgique peut rester des mois sans gouvernement et les coalitions allemandes sont fragiles. Nous vivons un moment de forte polarisation, avec une montée des extrêmes qui complique partout la recherche du compromis. Pourtant, l'Europe a montré sa résilience : la Grèce est restée dans la zone euro, qui s'est même élargie ; le Brexit n'a pas provoqué l'effet domino redouté ; pendant le Covid, les États ont fini par accepter un plan de relance et un endettement commun. Ces exemples montrent que l'on part souvent très désunis avant de parvenir à des accords. »
Pourquoi ne faut-il pas surinterpréter les crises européennes ?
« Il ne s'agit pas de dire que tout va bien. L'Union est confrontée à de nombreuses fragilités : difficulté à peser diplomatiquement sur Gaza, le Liban ou l'Iran, risque de marginalisation sur la guerre en Ukraine, progression des forces illibérales qui contestent le modèle européen de l'intérieur. Plus elle est désunie face à ces menaces, plus elle risque le blocage ou l'effacement. Mais ces crises ne sont pas synonymes d'effondrement : elles rappellent surtout combien la capacité à négocier et à construire des compromis demeure essentielle. »
👉 De 18h à 19h30 à l’Espace Ouest-France (38 rue du Pré Botté). Gratuit, sur inscription.
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