Rencontre avec Ruth Dalmat, au service de la prévention des cancers au Centre Henri Becquerel
En proposant des « Visites Blanches » le Centre Henri Becquerel ouvre ses portes aux femmes présentant une déficience intellectuelle. L'objectif est d'améliorer l'accès au dépistage du cancer du sein. L'Essentiel a discuté avec Ruth Dalmat, chargée de mission vulnérabilité au sein de la structure.
Comment est né ce dispositif ?
« Depuis 2024, le Centre de traitement du cancer Henri Becquerel a lancé une stratégie ciblée pour réduire les inégalités d'accès aux soins des personnes en situation de précarité, de handicap, éloignées géographiquement des centres de soins, ou souffrant de troubles psychologiques. L'ambition est d'aller davantage vers ces publics. Plusieurs actions ont vu le jour sous cette dynamique, avec la naissance du pôle de prévention des cancers B4 BEFORE, par exemple. Nous avons aussi mis en place un modèle de visites blanches, qui permet à des femmes en situation de handicap de visiter notre structure de soin. Pour concevoir ce dispositif, nous nous sommes inspirés de la démarche du Centre François Baclesse de Caen. Nous avons coconstruit ce projet avec le Réseau de services pour une vie autonome (RSVA), une association de coordination de soins autour du handicap. »
Comment se déroulent ces visites ?
« Ce sont les structures d'accompagnement des femmes qui nous contactent. Si un particulier est intéressé, on peut aussi le prendre en charge. Après une première prise de contact, un atelier préparatoire permet de présenter le dispositif et d'expliquer ce qu'est le cancer. On accueille ensuite les participantes sur place, au Centre Henri Becquerel, pendant les temps de service, et on leur fait parcourir les locaux. On répond à la question : comment cela se passerait-il si j'avais une mammographie à faire ? La manipulatrice radio vient expliquer chaque étape pour que toutes les questions puissent être posées. Après la visite, on propose d'orienter celles qui le souhaitent vers un dépistage, en partenariat avec la CPAM Rouen-Elbeuf-Dieppe. Tout est fait pour accompagner ces personnes vers la prise de rendez-vous, avec l'idée de flécher ces parcours de soins en 24 à 48 heures. »
Pourquoi est-ce important ?
« Beaucoup de personnes en situation de handicap ont eu une mauvaise expérience en matière de soins et peuvent avoir des blocages. On essaie de créer une fluidité dans cette démarche pour réduire l'anxiété des femmes qui visitent. L'essentiel est que les personnes puissent comprendre ce qu'est un dépistage et ne pas faire de leur handicap un frein à cette étape de vie. Nous avons aussi pour projet d'alimenter la recherche en évaluant les impacts de ce dispositif avec des critères scientifiques. Les chiffres montrent une surmortalité chez les personnes présentant une déficience intellectuelle. Les cancers sont fréquemment diagnostiqués à un stade avancé chez ces personnes, et il y a moins de recours au dépistage. Le but de cette démarche est aussi d'identifier les freins à une meilleure prise en charge. »
Il est possible de contacter Ruth Dalmat par mail à [email protected] afin d'en savoir davantage.
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