Mercredi 4 mars
3 questions à Solène Lavelle, cofondatrice de Grasbuge
Rédigé par S.G.
L'association a organisé une vente de vêtements XXL qui a attiré 300 personnes la semaine dernière (Crédit : Grasbuge)
À l'occasion de la Journée mondiale contre l'obésité, plusieurs actions sont organisées à l'échelle nationale et locale. L'Essentiel Strasbourg a interrogé Solène Lavelle, cofondatrice de Grasbuge, association strasbourgeoise luttant contre la grossophobie, les discriminations liées au poids.
Que représente pour vous cette journée mondiale de lutte contre l'obésité ?
- « Pour nous, c'est une journée noire. Il faut rappeler qu'elle est financée en grande partie par les laboratoires de traitements amaigrissants. C'est du pain béni pour eux. Sous couvert de compassion "c'est triste, dur d'être gros", le message envoyé fait croire que dès qu'on est grosse, on est forcément malade, en très mauvaise santé. Ça participe à pousser vers leurs traitements. »
- « Nous préférons employer le terme "personne grosse" plutôt qu'"obèse". L'obésité qui est considérée comme une maladie est souvent réduite à l'Indice de Masse Corporelle (IMC ndlr) seul, qui reste le critère principal. Mais c'est une donnée qui est uniquement un ratio poids-taille. C'est tout. À partir du moment où on passe un certain ratio poids-taille, on devient obèse. De grands sportifs sont obèses sous cet angle : leur IMC, parce qu'ils sont très musclés. les ferait rentrer dans cette catégorie. Sont-ils forcément malades ? »
- « Il y a énormément de personnes grosses qui le sont sans aucune pathologie associée. On peut être gros en bonne santé et pour beaucoup de raisons, par exemple la génétique. »
Comment la grossophobie se traduit-elle concrètement par une discrimination pour vous ?
- « Concrètement, dans l'emploi, une personne en surpoids a 8 fois moins de chances d'être embauchée à cause des idées reçues sur la performance ou la santé. Pour les transports, les bus, trains ou avions n'offrent pas de places adaptées. »
- « Côté vêtements à Strasbourg, il y a peu de boutiques, alors que la taille médiane en France est le 42-44. Enfin, dans les soins médicaux, le fait d'être vue comme une personne grosse pathologise tout sans nuance : on vous dit "perdez du poids d'abord" avant de prescrire quoi que ce soit d'autre, alors qu'une douleur que l'on éprouve n'y est pas forcément liée. Rien n'est adapté à 18% de la population adulte en France : ça crée un cercle vicieux de précarité. »
Quelle est votre position sur la feuille de route nationale pour la prise en charge des personnes en situation d’obésité présentée récemment ?
- « La santé est multifactorielle, pas réduite au poids. Voir l'"obésité" comme une maladie ignore les causes : on est souvent grosse à cause d'autre chose. Il faut une approche holistique, sur l'état global, pas l'IMC seul. Une prise ou perte de poids rapide signale un problème ; sinon, si on bouge bien, mange bien et se sent bien dans ses baskets, pas besoin de contrôler son poids à tout prix. »
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