Le portrait : Dans la famille Bettini, demandez le fils 👇
Robert Bettini vient de faire don du fonds familial au musée de la Résistance et de la Déportation. Rencontre.
La genèse
« Je suis le fils d’Angèle et d'Yves Bettini », dit sobrement Robert Bettini. Il faut revenir en 1940 pour comprendre. Ses parents ont 18 ans et font partie d’un groupe de résistants communistes. Le 5 novembre, quand Pétain parade à Toulouse, ils font pleuvoir des tracts sur le cortège. Au 13, rue Alsace Lorraine, une plaque (placée trop haut pour être lisible) commémore le fait.
« Ils avaient fabriqué une machine avec une tapette à rats », raconte leur fils, 85 ans plus tard. Toute l’astuce était de faire contrepoids, pour que le ressort se déclenche à retardement, « ils avaient rempli d’eau une boîte de Bouillon cube qu’ils avaient percée ». Ce qui leur laissait le temps de descendre de l’immeuble et de se noyer dans la foule. L’opération fut un succès.
Et après
Mais les activistes furent dénoncés et arrêtés trois semaines plus tard. L’imprimerie clandestine est découverte dans le grenier des grands-parents, au Cours Dillon. « À l’époque, ils arrêtaient toute la famille, mon grand-père en est mort, il a fait un malaise. » Robert Bettini marque une pause, s’excuse des larmes qui montent. « Ça fait longtemps maintenant, mais ça ne passe toujours pas. »
La famille Bettini est incarcérée à la prison Saint-Michel, dont le parvis porte désormais le nom. Son père passe 2 ans à la centrale de Nîmes, avant d’être envoyé au camp du Vernet en Ariège. « Ma mère, ils sont revenus la chercher plus tard. Elle a fait tous les camps du Sud Ouest : le Récébédou, Rieucros, Gaillac… » Le 25 juillet 1944, elle s’évade de Gurs et rejoint Toulouse. Son amoureux fait de même durant un transfert en Italie et rejoint les maquis de l’Ain.
Tous deux arrivaient à communiquer, « j’ai des lettres, des cartes, il lui déclare sa flamme, c’est très émouvant », dit Robert Bettini. Lui, naîtra bien après guerre, le 31 juillet 1953 dans le Lot. Puis la famille reviendra à Rangueil.
« Ma mère a ramené des centaines de photos des camps »
« On savait que notre mère avait été dans les camps, mon père dans le maquis, mais on n’en parlait jamais. » C’est bien plus tard, à la fin des années soixante-dix qu’il fut demandé à Angèle Bettini de témoigner dans des colloques, écoles, collèges… Son mari l’accompagnait. À la mort de ce dernier, ses fils prennent le relais « ma mère a voulu continuer, c’était très important pour elle de transmettre, mon frère ou moi l’avons accompagnée ». À sa mort en 2017, il reprend le flambeau.
Il devient aussi le dépositaire des archives de ses parents. « Ma mère a ramené des centaines de photos des camps. Il y a aussi des documents familiaux, administratifs, les minutes de leur procès, leur déchéance de la nationalité française et leur demande pour la récupérer à la Libération. »
Désormais à la retraite après une carrière dans l’informatique chez Bull, cet époux, papa et grand-père vient de prendre une grande décision : donner ce fonds au musée de la Résistance et de la Déportation. Pour que chacun puisse voir ce témoignage inestimable.
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