Lundi 26 janvier
Les abeilles sans dard ont trouvé leur avocat
« Les abeilles ne plaident évidemment pas seules. Ce seront des avocats humains, probablement saisis par des ONG ou des populations locales » (Adobe Stock).
Au Pérou, des abeilles sans dard ont obtenu une reconnaissance juridique inédite : elles peuvent désormais être défendues par un avocat. Une première mondiale qui interroge notre rapport au vivant et les limites du droit de l’environnement. Décryptage avec Florence Dellerie, illustratrice scientifique et créatrice du site Questions Animalistes.
Une décision symbolique et très concrète
- Fin 2025, deux territoires du Pérou ont donné des droits à des abeilles sans dard, essentielles aux écosystèmes amazoniens.
- Pour Florence Dellerie, la portée est double : « Ça va avoir une portée symbolique, mais aussi des effets très concrets. »
- Ces insectes pollinisent près de 80 % de la flore amazonienne, y compris des cultures clés comme le cacao, le café ou l’avocat, vitales pour les communautés locales.
Une reconnaissance portée par le terrain et la science
- Cette avancée est le fruit d’une mobilisation conjointe de communautés indigènes, de chercheurs et d’ONG.
- Les premières ont alerté sur la raréfaction de ces abeilles, directement liée à la déforestation et aux pesticides.
- Les scientifiques ont documenté leur rôle écologique central, tandis que les ONG ont transformé ces constats en arguments juridiques recevables.
Des droits… pour des raisons humaines
- Si ces abeilles sont reconnues comme sujets de droit, les motivations restent largement anthropocentrées : « On parle de valeur intrinsèque, mais ça reste pour des intérêts humains : écologiques, économiques et alimentaires. Un pragmatisme qui a sans doute permis au dossier d’aboutir », complète Florence Dellerie.
- En cas de menace ou de préjudice, des avocats humains pourront agir en leur nom : « Ce seront des avocats, probablement saisis par des ONG ou des populations locales », poursuit-elle.
- Un mécanisme déjà utilisé pour représenter des entités vulnérables incapables de se défendre seules.
- C’est la première fois que des insectes obtiennent une telle reconnaissance : « Les insectes sont souvent vus comme des nuisibles. Là, on reconnaît leur impact positif. »
Une bonne nouvelle pour l’environnement
- Concrètement, cette reconnaissance juridique permet d’agir en prévention : bloquer des projets destructeurs, limiter l’usage de pesticides, renforcer la lutte contre la déforestation et protéger des écosystèmes entiers via une espèce-clé.
- En donnant des droits aux pollinisateurs, ce sont les forêts, la biodiversité et la sécurité alimentaire humaine qui bénéficient d’une protection renforcée.
- Pour Florence Dellerie, cette démarche est inspirante au-delà du Pérou : « En France et en Europe, le droit reste très centré sur l’humain, ce qui rend difficile l’intégration d’approches similaires. Mais ce précédent montre que l’on peut repenser la protection des autres animaux sans sacrifier la sécurité juridique. Ces petits pas peuvent être très efficaces. »
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