Au large de Pantelleria, petite île italienne entre la Sicile et la Tunisie, un projet de restauration écologique tente de redonner de l’oxygène à la Méditerranée. Son nom : PANTHER. Explications avec Charlie Mathiot, coordinateur scientifique de Pure Ocean.
Reconstruire l’environnement avant les espèces
- PANTHER (Pantelleria Benthic Habitat Recovery) est un programme scientifique qui vise à remettre en état des zones marines abîmées pour que les animaux et les plantes puissent revenir naturellement. Ce programme est porté par des scientifiques et soutenu, depuis 2023, par Pure Ocean, un fonds de dotation à portée internationale qui finance des solutions innovantes pour préserver l’océan.
- Au lieu de repeupler la mer directement, on restaure d’abord l’endroit où la vie peut s’installer.
- Le projet se déroule dans une petite calanque très dégradée par certaines activités humaines. « Ce sont des espèces ingénieures, qui vont redonner de la vitalité et de la fonctionnalité à l’habitat marin », nous explique Charlie Mathiot.
- Les équipes réinstallent notamment de la posidonie, une plante marine qui forme de véritables prairies sous l’eau, ainsi que des éponges qui filtrent l’eau et des gorgones, sortes de coraux en éventail servant d’abri à de nombreuses espèces.
- Pour suivre l’évolution, les scientifiques utilisent la photogrammétrie 3D. Une technique qui consiste à prendre des centaines de photos sous-marines d’une même zone, puis à les assembler grâce à un logiciel pour créer une reconstruction en trois dimensions du fond marin.
- Cela permet de comparer précisément, dans le temps, l’état d’un site “avant” et “après” restauration.
Changer les usages pour protéger
- Restaurer ne suffit pas si les dégradations continuent. « Il faut commencer par protéger. Restaurer un site encore dégradé ne sert à rien », précise notre interlocuteur.
- « Le projet accompagne donc aussi de nouvelles pratiques : mouillages écologiques pour éviter que les ancres arrachent les herbiers, pêche moins destructive… Pour quasiment chaque impact, on a des solutions », nous glisse-t-il détour de la conversation.
Des fonds capable de se régénérer
- « Les premiers résultats montrent que la nature revient vite si on lui en laisse la possibilité. Il n’y a pas de zone morte. La vie peut revenir quand on enlève les pressions.
- Le but n’est pas de restaurer toute la Méditerranée à la main. Le principal enjeu est de faire évoluer les pratiques pour que la mer se restaure presque toute seule.
- PANTHER sert donc de démonstration. En reconstruisant les bons habitats et en limitant les dégâts humains, la mer peut retrouver son équilibre et cela pourrait être reproduit ailleurs », conclut Charlie Mathiot.
- La suite consiste à changer d’échelle : augmenter les surfaces restaurées, consolider les zones les plus sensibles et surtout formaliser une méthode reproductible.
- L’ambition est de créer un modèle duplicable. Une “recette” scientifique testée sur le terrain, pouvant être appliquée ailleurs en Méditerranée là où les fonds marins s’abîment.